Nouvelle escale aux Emirats sur le chemin qui me ramène en Europe. Escale choisie de 10 h pour avoir le temps de sortir de l'aéroport et de faire un petit tour dans la capitale des démesures, parait-il.
Pas de soucis de visa pour les français, celui-ci est accordé immédiatement et pour 30 jours. Le métro tout neuf, pas encore tout à fait fini, vient desservir l'aéroport, il est donc très très simple de se rendre au centre de Dubaï, de voir la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa ou Burj Dubaï ; 828 m de haut et 160 étages !
Le métro d'abord est d'une propreté pareille à celle de l'aéroport, à faire pâlir un suisse. C'est nikel, voir plus, on s'attend presque à devoir enlever le film de protection de chaque élément composant le décor.
Ceci est d'autant plus frappant que je suis presque seul dans la station de métro. Cela apporte à la sensation d'immaculé.
Les gens sont très affables à partir du moment où on leur sourit, ils répondent très aimablement et s'inquiètent de savoir si tout va bien pour vous.
Au premier abord, les hommes surtout, peuvent paraître hautains et froids, le costume, djelaba d'un blanc éclatant, boutons de manchettes à brillants très brillants - non, ce n'est pas du zirconium mais bien des diamants - montres en argent imposantes, et voile maintenu par un accessoire en corde noire très design, le costume donc peut impressionner.
Je crois que cette attitude neutre est finalement plus une façon de respecter que de prendre de haut, ceci se voit tout de suite au premier contact parlé.
Le prix de l'aller retour en métro est de 2,5 euros, très raisonnable.
Je monte donc dans le tube aérien qui me fait survoler Dubaï, une impression très agréable.
La vue est dégagée, quelques tours au loin, beaucoup de grues.
Je m'arrête à la tour Burj Dubaï, aiguille plantée dans une terre aride, sur une peau ridée, habillée de parure, de bijoux, ointe de mille onguents ; c'est en effet très haut.
Les voitures roulent tranquillement, gardant sage toute la puissance des moteurs de très grosses cylindrées.
Ici, il n'y a pas de taxes de l'état, tous les biens de consommation sont donc 20% moins chers que partout ailleurs. Pas de petites voitures donc, enfin sauf si un BMW X5 est considéré comme une petite voiture évidemment.
Je marche un peu, c'est sympa, calme, apaisant, je reprends le métro pour me rendre au l'Emirates Mall, complexe de shopping très important contenant Carrefour, oh fierté nationale... et le fameux "ski Dubaï", piste de ski complètement artificielle évidemment, construite en plein milieu du désert donc, improbable !
Ici, on se rend compte de ce que l'homme sait et peut faire, avec de l'imagination, des sous, et sans retenue, j'aime bien ce côté dément.
J'arrive donc dans le centre de shopping, les magasins sont encore fermés, il est 8h10, ils n'ouvrent qu'à dix heures. Je me ballade rapidement pour aller trouver un taxi qui me mènera à la marina, l'un des palmiers totalement artificiel gagné sur la mer, palmier, car la forme des terres remblayées forment un palmier, à un autre endroit, un orque, ici un calamar...
Dans des milliers d'années, quand une nouvelle espèce sera dominante sur terre, et si elle a la curiosité de se rendre dans les airs, elle pourra contempler ces dessins improbables comme nous le faisons, nous, des dessins géants laissés à Nazca et Tarapaca dans le désert péruviano-chilien.
Je marche dans les allées vides alors que le soleil monte dans le ciel au travers des vérandas.
Je suis dans un espace totalement artificiel, ou règnent les marques.
Je suis dans un des temples de la consommation, du culte du matérialisme et de son dieu argent, dans la basilique Sainte pierre d'Emeraude, je traverse une clairière souterraine au milieu de cette jungle foisonnante de devantures rutilantes et là, à ma très grande surprise que ne vois-je pas passer ? Un troupeau d'éléphants, enfin d'éléphantes marchant d'un bon pas. Des américaines vêtues de shorts, bien dodues, marchent "sportivement", levant haut les coudes et se déhanchant suivant les pistes les menant sans doute à un endroit où elles se restaureront.
C'est très drôle, on est vraiment dans une métaphore totale de la vie sauvage, dans un environnement complètement artificiel, créé de A à Z. Là, je vois la pancarte "Ski Dubaï" qui vient parfaire le tableau. C'est énorme, enfin pas très grand mais énorme dans le sens incroyable.
Ils l'ont fait, ils ont jeté les prémices d'un monde reconstitué dans une athmosphère et un lieux où il est normalement impossible de créer cela.
Les Emirats, c'est l'avant Marsianisation par l'homme, j'ai l'impression que l'on a concentré tout ce que serait notre société poussée à son paroxysme et ayant atteint une autonomie complète, recréant à sa sauce les vestiges du souvenir de la terre comme elle fût. C'est glauque et excitant, c'est une vraie expérience.
Je retrouve donc une piste de ski, un télésiège "classique", des sapins, de la neige et un café traditionnel savoyard, le Saint Moritz, avec ses tables en bois et ses cheminées. Cheminées qui crépitent encore du feu de la veille, en lieu et place du foyer, un écran indiquant "no signal" "AV1" sur un fond bleu.
Ici flamberont des bûches vidéos, très bientôt, pendant que les skieurs éreintés par leur journée de plein air (euh de pleine salle pardon), viendront boire un chocolat chaud ou un verre de vin à la cannelle avant de sortir du complexe par une température de près de 50° parfois en été.
Je pense que nos enfants vivront cela comme leur réalité de chaque jour, sans toutefois pouvoir sortir jamais de la salle... Ils passeront d'une salle de neige à une salle de pluie, puis à une autre de soleil, si la pollution continue de croître et que nous nous évertuons à détruire le monde qui nous a créé pour en créé à notre tour un à l'image de ce dont on se souviendra de l'ancien. Ceci, sans poésie, sans surprises, tout en contrôle et en planifications, un monde à l'allure vivante, mais finalement plus que mort ! Un monde de la consommation, sans contemplation, sans ce plaisir simple de juste sentir le froid entrer dans la gorge en haut d'une montagne en se disant, en ne se disant rien justement, juste en contemplant.
Ne vit-on pas déjà souvent dans cette configuration ?
Et moi, je suis venu en avion ici... Je souhaite un jour avoir le courage de prendre le temps de voyager à dos d'âne, à pieds, à cheval... Je dois trouver cette force.
Je suis vraiment très chamboulé par cette expérience, mélange de fascination et de tristesse, je ris seul, époustouflé par l'exploit et incrédule comme Taylor (Charlton Heston) découvrant le bras émergeant du sable de la statue de la liberté, à la fin de "la planète des singes" de Schaffner en 1968.
Je continue donc jusqu'à un taxi pour voir la marina, je payerai 5 euros. Le chauffeur est pakistanais, comme beaucoup de taximan apparemment, ce n'est pas son métier. Il est parti du Pakistan pour trouver une vie meilleure, il l'a trouvée, il est content. Auparavant il travaillait dans une ONG aidant les réfugiés ! L'ironie du sort.
Il y a très peu de monde dans les rues, beaucoup de taxis tournent, vides. Un autre chauffeur m'expliquera que depuis 2008, il n'y a plus personne à Dubaï, avant il fallait deux heures pour trouver un taxi, aujourd'hui ce sont les taxis qui attendent 2 heures pour trouver un client.
Les constructions continuent ceci dit, la ville est en plein boom à ce niveau, tout sort de terre ou de mer, mais pour qui construit-on cette odyssée dans le désert ?
Quel monde surprenant que le nôtre !

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