route macchu piccu

Quelques heures de car depuis Cusco et nous changeons radicalement de décors.
Après être passé par un col de 4800m, avoir une fois de plus surplombé les nuages, nous redescendons, le désagrément de l'altitude disparaît doucement à mesure que le car chemine vers de nouveaux paysages. Plus nous avançons, plus le paysage s'enrichit d'arbres, de végétation, de ruisseau, de petites cascades. Nous traversons une palmeraie, les feuilles géantes recouvrent les vitres toutes entières. Je ne sais pas où je suis. Comme en Bolivie, le car marque des arrêts dans de petits villages, où au milieu de la route, sans aucune annonce pour nous indiquer où nous nous trouvons.

Des gens montent et descendent entre réveils nébuleux, descentes de sac de la gouttière à bagages, envie de pisser et odeurs d'humains enfermés dans une boite en fer depuis des heures. Après sept de ces heures, de vues splendides et de ciel étoilé, nous arrivons vers 20h à Santa Maria, à une centaine de kilomètres d'Agua Calientes, la ville se situant au pied du fameux Macchu Piccu. Ici, c'est le début de la jungle, et mon dieu ce que j'aime la jungle, ses odeurs, sa verdure, sa densité, son humidité, ses mystères. J'aime la vie simple qu'elle propose. Ici, tout pousse : Oranges, mandarines, cacao, bananes... Les gens sont très accueillants. Je vais passer la nuit et repartirai demain vers cinq heures, pour le Macchu Piccu. Nous sommes à 1100m au dessus du niveau de la mer, je me sens mieux qu'en altitude. Je peux reboire une bière sans crainte de mal de crâne... Au dessus de 4000m l'alcool ça tape !... Je mange une omelette pas très bonne avec des trucs dedans. 

Je commence à m'habituer à cette cuisine pas très à mon goût, je ne suis donc pas surpris. Le restaurant bar ferme, il est 21h. La vielle femme courbée retourne les chaises sur les tables tranquillement. Le jour se lève à 5h du matin ici, les horaires sont donc décalés de la même façon le soir. Je dors dans une auberge pour 8 soles, c'est à dire 2 euros à peu près. Le lit est bon, la chambre grande, tout est tranquille. Quelques odeurs de Chanchos, les cochons sauvages, arrivent à effleurer le village, c'est une odeur forte, mais ici presque agréable, puisque diffuse. Elle rappelle simplement la vie sauvage, très proche, active et énergétique. Le réveil sonne à 4h, je dois partir tôt pour joindre Agua Calientes. Depuis Santa Maria, le trajet en voiture dure environ 45 mn pour rejoindre Santa Theresa, d'où partent les véhicules pour le barrage électrique. Du barrage 2h de marche seront nécessaires pour atteindre Agua Calientes.
Il n'y a pas de routes pour y parvenir, un train seul existe, la réservation doit se faire très en avance et le prix est absolument exorbitant pour le pays. Le chemin d'accès se fait donc le long de la voie de chemin de fer, enfin le long... sur la la voie de chemin de fer plutôt ! J'entame la marche avec plaisir, les cris des perroquets dialoguent avec le grondement de la rivière dans une atmosphère incroyable de jungle. Je suis réellement dans un autre temps. Les planches de bois portent des fourmis gigantesques, les feuilles des oiseaux multicolores. Il n'y a personne d'autre sur le chemin.

J'ai le temps de penser à la chance que j'ai de pouvoir réaliser mon rêve de gamin, marcher sur les pas des Incas et rencontrer ce lieux, car il s'agit véritablement d'une rencontre. Je chemine à l'aise, heureux d'avoir un souffle si ample et sain. Soudain j'aperçois des sacs à dos laissés sur le bas côté du balaste de pierre. Etrange, il n'y a personne, les sacs sont au nombre de trois, chacun est recouvert d'un carton pour éviter qu'il ne se mouille avec la pluie. Mais qui peut bien laisser son sac ainsi ? Ce sont des sacs de gringos, j'essaye d'imaginer ce qui peut être la source de cette énigme, et finalement décide de continuer ma route. Je marche d'un bon pas et il me semble pourtant que le temps indiqué pour rejoindre la ville est déjà écoulé... en effet, j'aurais marcher 2h40 pratiquement pour faire le trajet. Ici au Pérou, les notions de temps et de distance sont fonction de celui qui parcoure le chemin. Je saurai un peu plus tard pourquoi cette évaluation est optimiste...

Agua Calientes est une ville très touristique forcément puisqu'elle ne vit que de cela. Tout est dédié au Macchu Piccu et organisé pour le rejoindre. Les choses ici sont bien faites, il est un peu hasardeux de rejoindre Agua Calientes, mais une fois qu'on y est, on trouve une organisation efficace. Un bus mène en haut de la cité perdue, il en part un toutes les dix minutes, plein de touristes bien entendu, et uniquement de touristes étrangers. Il faut savoir que l'accès au Macchu Piccu, perle de la culture Inca et Andine, est absolument hors de portée des bourses péruviennes moyennes, le tarif d'entrée est très élevé pour le pays. Ainsi, le peuple n' a pas accès à sa propre culture, l'acculturation ici est dans une marche vive, les discriminations des indigènes sont courantes, les noms de famille Quechua portent une consonance de sous-peuple et la langue est synonyme d'arriération... Elle est peu parlée dans les villes et est même assez mal vue. Contrairement à ce que les gouvernements montrent, la culture n'est pas défendue, elle est exploitée. Les aides à la culture sont une bonne manière de dealer des voix pour les élections et la défense de la culture est en fait beaucoup, un achat pur et simple de reélection. Les guides volontaires et indépendants des ruines incas (y compris le Macchu Piccu) travaillent parfois comme professeurs de Quechua ou enseignant d'autres matière durant la journée ou le soir. Quand ils ont du temps, ils tentent de vendre leur savoir aux touristes pour financer eux-même la sauvegarde de leur culture, achetant des livres, des cahiers, des crayons pour leurs élèves n'en ayant pas les moyens. Ceux qui font cela sont les personnes les plus droites, qui refusent de troquer leur liberté d'expression electorale contre un financement pervers de la culture. Ils savent que la seule façon de sauver une culture est de se la réaproprier et donc de la garder hors de corruption, chose extrêmement difficile lorsque l'on parle de nécessités premières... En haut du Macchu Piccu, un guide, qui porte un prénom français sur sa poitrine, me propose ses services me parlant en espagnol, une fois de plus on me prend pour un ressortissant d'une autre nationalité. Je saurai plus tard que les guides ont des techniques afin de capter leurs clients français. C'est simple, les français préfèreront un guide avec un prénom, souvent faux, français, cela les rassure...