Nous nous levons tôt afin de rejoindre en barque un point stratégique d'observation d'oiseaux.
Il s'agit d'une falaise abrupte en plein cœur de la forêt. Les perroquets et autres oiseaux multicolores sont ici dans leur habitat naturel, ils nichent dans la falaise et sont actifs tôt le matin.



Les cris sont puissants et d'un autre monde. Pour en avoir une idée, louez "1492" de Ridley Scott, 54ème et 55ème minutes du film, voilà, on y est, c'est comme ça ! Des couples de perroquets magnifiques de rouge et de bleu à longues queues passent au-dessus de nos têtes entre les branches vertes des arbres. La forme des oiseaux se découpe parfaitement dans le bleu du ciel, c'est tout simplement splendide.


Perroquets et oiseaux multicolores




















Nous restons là quelques temps, peut-être une heure, peut-être deux, avant de repartir sur la rivière Beni, toute proche. Nous allons remonter un peu le cours de la rivière en barque à moteur afin de la redescendre en canot pneumatique gonflable, il y a des petits rapides rigolos, et nous pourrons nous baigner dans ces eaux couleur de terre.
Nous accostons sur un terre-plein afin de gonfler le canot, chacun y va de son coup de mollet vigoureux. Pendant ce temps, Ovidio lance nonchalamment une ligne terminée d'un gros hameçon au milieu du rio en entonnant une sorte de formule magique. Pas évident le lancer de ligne de fond, c'est toute une technique de faire tourner la ligne au-dessus de sa tête tout en la laissant s'agrandir pour qu'elle prenne de la vitesse, ceci afin qu'elle plonge le plus possible au milieu de la rivière, là où il y a le plus de fond et où les poissons sont plus nombreux.
Trois minutes chrono, la petite pierre qui est posée au-dessus de la ligne d'Ovidio tombe, le fil de pêche s'enfonce dans l'eau, Ovidio saute sur la ligne, ferre, et donne le fil à Johannes afin qu'il remonte, remonte, remonte, c'est de plus en plus dur, la fin est ardue, il remonte un Piraña de 2,5 kg facile! Il gigote dans tous les sens avec une force incroyable. C'est un Piraña géant, celui-ci ne croque pas les hommes, même s'il reste carnivore.


Pêche aux Pirañas




















Nous continuons à gonfler le canot, deux minutes plus tard, le pilote de la barque remonte un poisson énorme, il doit bien faire dans les 4,5 kg, c'est un poisson chat! Ces petites bébêtes nous serviront de dîner ce soir, cuits dans des feuilles de palmiers ou fris en croquettes! Délicieux.
J'aurai la chance de pêcher moi-même un Piraña géant le lendemain. C'est génial, je n'ai jamais pêché un poisson aussi gros. Je goûte à cette simplicité de vie qui me plaît énormément, se lever, profiter du soleil (attention, très fort ceci-dit), aller observer la flore et la faune, pêcher, manger le poisson avec lequel vous avez combattu (ils sont costauds ces cons là). Une sensation de paradis perdu, dans une ambiance sonore fabuleuse. Nous descendons la rivière sur le canot, nous baignons dans une eau chaude et douce. Ovidio nous dit de ne pas nous inquiéter les alligators dorment à cette heure là...
Une blague ? Non non, pas du tout...



Nous les avons vu hier lors de la promenade nocturne sur la plage. Nous ne voyions que le rouge de leurs yeux reflétant la lumière de nos lampe-torches. Nous avons cherché à voir un Tapir également, animal de nuit pesant jusqu'à 300 kg, mais en vain. Les cris des singes jaunes nous auront consolés. Ovidio me propose de passer la nuit dans la jungle seul. Il a vu que j'essayais d'enregistrer des sons de faune et que j'avais du mal à trouver du silence avec mes amis touristes. Il me propose donc de l'accompagner pour dormir au milieu des animaux, il pourra alors également me parler des histoires et légendes de la forêt. Génial, tout ce que j'aime. Suite à un impératif pour Ovidio, je pars finalement en jungle avec un jeune guide de 18 ans, natif également d'une communauté indigène. Nous emmenons deux bières pour trinquer une fois sur le site et honorer la Pachamama, la déesse terre, cela me rappelle les rites de respect aux ancêtres malgaches. Bien entendu nous prenons avec nous des moustiquaires, nous allons dormir à même le sol, avec des centaines d'animaux et d'insectes autour de nous, ils nous faut nous protéger un peu quand même. Je revêts mon scaphandre de combat, mes vêtements imprégnés de répulsif, et je me oins d'anti-moustique, des pieds à la tête.
Nous marchons pour nous arrêter dans un endroit un peu moins touffu que les autres. Nous disposons les fins matelas de mousse sur les feuilles de palmier, coupons quelques troncs de jeunes pousses afin de réaliser les supports à moustiquaires.



Voilà, tout est prêt, la nuit tombe vite, les bruits de la forêt changent et prennent une autre ampleur avec l'obscurité. Nous cheminons dans le noir, les étoiles sont d'un brillant diamantaire. Nous marchons doucement, écoutant les sons, les cris des oiseaux, des singes et autres animaux peuplant l'Amazonie. Après quelques heures, voici venu le moment de se coucher. La vérification minutieuse de la moustiquaire faite, je rentre mon pantalon dans mes chaussettes, garde près de moi mon précieux enregistreur numérique Zoom afin de pouvoir graver les sons de la nuit et essaie de fermer les yeux.



C'est un moment assez délicieux, j'adore être au milieu de tout cela, me sentir faire partie de ce tout. Je ne peux cependant m'empêcher de penser un instant à l'histoire que nous conta hier soir Ovidio. L'un de ses amis, danois, résolu à partir à la rencontre d'un peuple nomade de la jungle, n'est jamais revenu. Sans doute a-t-il été victime d'une morsure de serpent ou d'un accident quelconque, ou bien peut-être a-t-il réellement trouvé ce peuple nomade qui s'avère être cannibale.
Après quelques prises de sons, je m'endors paisiblement entre grattements, craquements et cris de singes au lointain. Je me réveille avec les lueurs de l'aube.

Les sons sont encore différents, je saute sur mon zoom, afin de ne pas en perdre une miette. Le petit appareil amplifie de manière surprenante tous les sons grâce à quatre micros. J'enfile mes écouteurs et profite... J'entends un son sourd, comme un vent, je retire mes écouteurs, rien ! Je recommence, le vent souffle, je l'entends dans mon appareil qui l'enregistre. Je retire à nouveau mes écouteurs, rien, pas de vent, pas un souffle, aucune feuille ne bouge, aucun son de souffle ne parvient de plus loin, étrange.
Ovidio m'expliquera le lendemain qu'il y a un "Duende" dans la forêt, un esprit. Il peut prendre la forme d'un humain pour entraîner ses victimes à se perdre, il peut aussi se muer en vent, en souffle intriguant, forçant les âmes à le chercher, fuyant toujours plus en profondeur dans la forêt. Ce mythe ressemble aux sirènes d'Ulysse bien entendu et à bien d'autres légendes assez similaires. Et bien si j'ai bien été en présence d'un Duende, je l'ai enregistré.

Le jour se lève complètement finissant de me réveiller. Je constate en me levant que ma moustiquaire s'est transformée en crêpe dentelle. Les fourmis ont littéralement dévoré mon voile anti-piqûres. Je lève mon pantalon, j'ai en effet servi de met de choix aux araignées et autres bestioles, mes jambes portent 67 piqures de toutes tailles. La cuisine française est décidément appréciée de tous ! Au début, les démangeaisons sont légères mais iront en augmentant jusqu'à devenir insupportables pendant 4 jours. Elles m'occasionneront un petit affaiblissement, sans fièvre, mais avec prise d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires.
La forêt se remplit des mouvements des animaux diurnes, un nouveau cycle commence...