Après quelques jours d'acclimatation à l'altitude de La Paz, en Bolivie, je me dis que va venir le moment où je vais me sentir prêt pour tenter cette expérience incroyable, gravir les 6088m du mont Huyana Potosi, situé à 25 km de la capitale la plus haute du monde.
Je reviens de la jungle Amazoniène et doit réhabituer mon corps, non pas au manque d'oxygène comme on le croit, mais à la baisse de pression atmosphérique qui produit une baisse d'efficacité de la synthèse de l'oxygène dans le sang. Ce n'est pas une légende, ici le souffle est très court, ne serait-ce que marcher dans la ville, monter une petite côte. Vous voyez tout de suite que le corps réclame son carburant. Un dicton dit qu'à La Paz, il faut marcher doucement, manger léger et dormir seul. Il m'arrive souvent de me réveiller en pleine nuit avec une sensation d'étouffement, qui passe après une grande respiration calme.
Je crois que le corps continue à fonctionner un certain temps sur son rythme de plaine. En fait, en altitude, la pression atmosphérique plus basse empêche les globules rouges de fixer normalement l'oxygène et de le distribuer de manière très efficace dans l'organisme. Il faut donc passer sur un autre mode de fonctionnement, activer une acclimatation. Je dis "activer" car on peut aider ce processus, justement en mangeant peu, en marchant le plus possible, en buvant beaucoup d'eau également, en évitant l'alcool, on peut aussi mastiquer des feuilles de coca qui aident les globules rouges à fixer l'oxygène.
Je crois que le corps continue à fonctionner un certain temps sur son rythme de plaine. En fait, en altitude, la pression atmosphérique plus basse empêche les globules rouges de fixer normalement l'oxygène et de le distribuer de manière très efficace dans l'organisme. Il faut donc passer sur un autre mode de fonctionnement, activer une acclimatation. Je dis "activer" car on peut aider ce processus, justement en mangeant peu, en marchant le plus possible, en buvant beaucoup d'eau également, en évitant l'alcool, on peut aussi mastiquer des feuilles de coca qui aident les globules rouges à fixer l'oxygène.
Le mal d'altitude peut se réveiller dès 3000m, il se nomme "sorroche" dans les Andes, c'est un ami très affectueux qui ne vous lâche pas facilement parait-il. Maux de tête, envie de vomir, insomnie, cela peut aller jusqu'à l'embolie pulmonaire ou cérébrale, ces effets peuvent apparaître à des altitudes plus élevées, personne ne peut en fait prévoir s'il va être ou non, sujet au sorroche. L'explication est simple, la pression plus basse en altitude fait se dilater les gaz, ainsi le corps gonfle, ce qui provoque les différents maux cités plus haut. Je me prépare donc un peu, respectant les notions élémentaires de bon sens. J'ai la chance de ne pas être sujet au mal d'altitude. Je choisis de partir pour cette expédition de haute montagne avec une agence sérieuse.
C'est un première pour moi et il s'agit bel et bien de quelque chose à prendre au sérieux, il y a des risques, même s'ils ne sont pas très importants, ils existent bel et bien. Je choisis donc une agence au nom simple "Huyana Potosi travel", les guides sont expérimentés et ont des diplômes internationaux de haute montagne avec des certifications de premiers secours. J'avoue que cette activité est vraiment de l'ordre de la curiosité, je ne me suis jamais aventuré en haute montagne et la chose la plus haute que j'ai gravie en altitude doit être le lit superposé de la chambre que je partageais avec mes frères pendant les vacances de printemps quand nous partions au ski dans les Alpes, il y a de cela une vingtaine d'années.
C'est un première pour moi et il s'agit bel et bien de quelque chose à prendre au sérieux, il y a des risques, même s'ils ne sont pas très importants, ils existent bel et bien. Je choisis donc une agence au nom simple "Huyana Potosi travel", les guides sont expérimentés et ont des diplômes internationaux de haute montagne avec des certifications de premiers secours. J'avoue que cette activité est vraiment de l'ordre de la curiosité, je ne me suis jamais aventuré en haute montagne et la chose la plus haute que j'ai gravie en altitude doit être le lit superposé de la chambre que je partageais avec mes frères pendant les vacances de printemps quand nous partions au ski dans les Alpes, il y a de cela une vingtaine d'années.
Je verse un acompte pour l'expédition du lundi 25 Août, je partagerai l'expérience avec deux jeunes femmes suisses, Angela et Angela, un anglais, Richard et un français, Jean-Charles.
Je ne sais pas dans quoi je m'embarque et c'est finalement ça qui est marrant ! Je pense à ma chère marraine, férue d'alpinisme. Je crois que les souvenirs des photos de son intérieur, prises en haut du Mont Blanc, ne sont pas pour rien dans mon envie de connaître ce frisson. Tout gosse, du haut de mon mètre grandissant, je regardais ces photos avec admiration et perplexité tout en suçotant les glaces maison de "La Marie", ma marraine, confectionnées tout simplement en faisant geler du jus d'orange autour d'un bâton en plastique transparent, troué pour que la glace fruitée s'y accroche. La Marie est une femme robuste, toujours fière et tonique, faisant face à tout, une sorte de force de la nature affublée d'une gentillesse incroyable.
Pour moi ces glaces étaient uniques, délicieuses et faites de la même matière que ce que je pouvais voir sur les photos. Ces lieux inaccessibles étaient la récompense, le fruit d'un exploit sportif incroyable. On y voyait la famille, les hommes de la maison aussi, fiers d'être arrivés à la cime de ces montagnes mythiques. Pour moi c'étaient des sortes de héros même si je ne comprenais pas bien ce qu'ils allaient chercher si loin, si haut, sans doute comprendrais-je plus tard me disais-je...
Il y a ces souvenirs donc, mélangés à une certaine nostalgie à la pensée de mon voisin Thierry, étant gosse également. Thierry, pour moi était une sorte d'autre grand frère, il était très dynamique, entre judo, kayak et escalade, il me montrait généreusement ses trophées et partageait avec moi ses passions, jusqu'à la moto un peu plus tard. De Thierry je me souviendrai toute ma vie, pour ces raisons et parce que je porte sur mon front la cicatrice d'un accident de gamin, une chute due à un mauvais maniement de sa bicyclette qui m'avait coûté de m'ouvrir le crâne à 3 ou 4 ans. C'est à cette occasion, me faisant recoudre par le médecin de famille que j'ai cru longtemps, voyant le fil passer devant mes yeux, que notre tête en était pleine, et que la cervelle était constituée de fils conducteurs, rouges, noirs et bleus, comme les moteurs pour lesquels mon père a une passion incroyable.
Thierry donc était parti dans les Alpes pour exercer sa passion d'Alpiniste, jusqu'à y rester éternellement après une chute survenue pendant l'ouverture d'une voie nouvelle sur le pic du midi je crois. Voilà, quelques raisons, quelques souvenirs, quelques pensées, qui ont certainement guidé un peu mon choix de tenter cette expérience.
Thierry donc était parti dans les Alpes pour exercer sa passion d'Alpiniste, jusqu'à y rester éternellement après une chute survenue pendant l'ouverture d'une voie nouvelle sur le pic du midi je crois. Voilà, quelques raisons, quelques souvenirs, quelques pensées, qui ont certainement guidé un peu mon choix de tenter cette expérience.
Je veux connaître ces sensations, ceci est plus important que le challenge, ça ne changera rien pour moi d'avoir réussi à monter 6000m ou non, mais je souhaite faire l'expérience. Peut-être vais-je découvrir une nouvelle passion, peut-être vais-je me rendre compte que ce genre d'activité n'est finalement pas tellement pour moi, nous verrons bien. L'essentiel est de le vivre tout simplement parce que j'en ai envie.
Je dis à mes parents que je pars en treck dans les alentours de La Paz, rien de plus, je comprends leur inquiétude, je ne me perds pas dans les détails en ce qui concerne le treck, la marche de nuit, l'escalade, la glace pour éviter de leur faire prendre dix ans d'inquiétude en trois jours.
Deux amis rencontrés pendant mon voyage, l'un australien et l'autre néerlandais m'ont raconté leur aventure en deux mots : magnifique et épuisant.
Les garçons sont sportifs alors je m'attends à avaler mon acte de naissance. J'ai une condition physique relativement bonne, de beaucoup meilleure à celle de mon départ de France, mon corps pèse dans les 82 kg aujourd'hui c'est à dire 7 de moins qu'en partant, son souffle est plus que correct et sa musculature un peu plus tendue, mais bon, on verra sur pièce comment je supporte cette ascension.
Nous partons pour le mont Huyana Potosi en minibus pour rejoindre le premier refuge qui sert de camp de base. Le refuge est très sympa, joli, situé sur les bords d'un lac artificiel d'un bleu turquoise incroyable.
Nous posons nos affaires, déjeunons une bonne soupe de minestrone et de la viande avec un portion de riz pour nous préparer à partir nous entraîner sur le glacier à la pratique de l'ascension sur glace. Tout va bien jusqu'à ce que nous voyons arriver deux zombies dans le refuge. Ils viennent de faire l'ascension et pourraient tourner dans le clip Thriller de Mickael Jackson, Honnêtement ça fait peur tellement l'épuisement se lit sur leur visage et dans leurs gestes incontrôlés...
A notre tour ! Nous vérifions et enfilons notre équipement complet d'Andinisme, harnais, bottes en plastique dur, crampons, piolets et vêtements techniques pour lutter contre le froid et le vent. Nous partons pour marcher une heure et demie pour gravir 200m de dénivelé et rejoindre le glacier et ses murs de glace à 5000 m. La marche est plaisante, les paysages très beaux. La vue est dégagée sur les montagnes, nous cheminons sur des sentiers de terre, de pierre, sur des tuyaux de conduite d'eau, il faut se concentrer un peu pour ne pas aller dire bonjour à la vallée, très facile d'accès an chute libre !
Une fois sur le site, l'enseignement commence. Le but est de nous apprendre les techniques de bases qui nous seront nécessaires pour gravir le mont Huyana Potosi : Monter et descendre des pentes de glace avec les crampons, comment tenir son piolet, que faire en cas de chute pour ne pas dévaler la montagne jusqu'en bas, quelques techniques de rappel également et un enseignement sur la confection des nœuds spécifiques, le double 8 par exemple. Une seule chose est finalement difficile et essentielle, avoir confiance en ses crampons ! Il faut ne pas douter de l'efficacité de ses pointes de métal qui, par paire, sur chaque pied, vous accrochent à la paroi.
Tout est dans la confiance. Pour commencer à descendre en rappel, ce n'est pas évident. Il faut vous mettre à 90° avec le mur de glace, complètement dans le vide, dos à la pente, en vous disant qu'il n'y a pas de problèmes, que la corde va vous retenir... ce qui est vrai, mais le cerveau n'est pas habitué à se mettre volontairement dans des situations qu'il estime dangereuses. Nous redescendons tous très contents de cette mise en bouche.
Je suis surpris de ne pas être fatigué, la mastication de feuilles de coca doit aider de manière significative je pense.
La nuit tombe, nous nous groupons autour du feu à inventer des histoires de lapin-vampire, de sorcières suisses fromagères à brûler ou à faire fondre en fondue moitié-moitié et autres bêtises, jusqu'à ce que la cuisinière du refuge nous rejoigne pour nous parler des légendes du coin. Elle nous conte l'histoire du diable qui hante le lac, attirant les hommes saouls ou bien en dépit d'amour, en chantant ou en apparaissant sous la forme d'une femme, afin de perdre ces âmes en errance. Elle me dit que le diable peut vraiment faire croire à sa victime qu'il est une femme, discuter, séduire, jusqu'à l'entraîner aux enfers, elle insiste "il peut paraître une femme sans l'être..." je lui réponds que j'ai ouï dire d'histoires similaires au Brésil... que parfois les femmes, malgré toutes apparences, n'en sont pas vraiment... et se prénomment Roberto !
Les rires terminent la soirée en même temps que les braisent s'éteignent. Nous continuons à nous raconter des histoires dans le dortoir, en anglais, jusqu'à ce que tout le monde s'endorme, cela ressemble à un camps de vacances, c'est amusant.
Aller au lit !
Les lampes frontales laissent le noir se répandre et prendre possession des songes andins. Demain, nous grimpons au deuxième refuge, à 5300 m, les choses sérieuses commencent ! Nous nous reposons le matin pour être en forme pour le jour et la nuit à venir. Les guides prévoient que nous aurons beaucoup de mal à dormir au-dessus de 5000m, donc nous rechargeons bien les batteries maintenant. Certains font le tour du lac tranquillement, d'autres dorment ou méditent. La deuxième partie de l'ascension commence tranquillement et puis se durcit sur la fin, des chaos de roches à escalader, des pentes très abruptes, des crêtes à parcourir, tout ceci se termine par quelques dizaines de mètres à grimper dans la neige tassée avec de simples chaussures de marche.
La nuit tombe, nous nous groupons autour du feu à inventer des histoires de lapin-vampire, de sorcières suisses fromagères à brûler ou à faire fondre en fondue moitié-moitié et autres bêtises, jusqu'à ce que la cuisinière du refuge nous rejoigne pour nous parler des légendes du coin. Elle nous conte l'histoire du diable qui hante le lac, attirant les hommes saouls ou bien en dépit d'amour, en chantant ou en apparaissant sous la forme d'une femme, afin de perdre ces âmes en errance. Elle me dit que le diable peut vraiment faire croire à sa victime qu'il est une femme, discuter, séduire, jusqu'à l'entraîner aux enfers, elle insiste "il peut paraître une femme sans l'être..." je lui réponds que j'ai ouï dire d'histoires similaires au Brésil... que parfois les femmes, malgré toutes apparences, n'en sont pas vraiment... et se prénomment Roberto !
Les rires terminent la soirée en même temps que les braisent s'éteignent. Nous continuons à nous raconter des histoires dans le dortoir, en anglais, jusqu'à ce que tout le monde s'endorme, cela ressemble à un camps de vacances, c'est amusant.
Aller au lit !
Les lampes frontales laissent le noir se répandre et prendre possession des songes andins. Demain, nous grimpons au deuxième refuge, à 5300 m, les choses sérieuses commencent ! Nous nous reposons le matin pour être en forme pour le jour et la nuit à venir. Les guides prévoient que nous aurons beaucoup de mal à dormir au-dessus de 5000m, donc nous rechargeons bien les batteries maintenant. Certains font le tour du lac tranquillement, d'autres dorment ou méditent. La deuxième partie de l'ascension commence tranquillement et puis se durcit sur la fin, des chaos de roches à escalader, des pentes très abruptes, des crêtes à parcourir, tout ceci se termine par quelques dizaines de mètres à grimper dans la neige tassée avec de simples chaussures de marche.
Nous arrivons au refuge d'altitude, cinq tôles ondulées orange font se dresser la cabane au milieu de la glace et de la roche. Une pièce d'un vingtaine de mètres carré nous accueille jusqu'à cette nuit, 02h du matin, heure de départ pour le sommet du mont Huyana Potosi.
Cette nuit sera une des pires de ma vie. J'ai passé 07h, de 18h à 01h du matin à grelotter, à chercher le sommeil et à me demander si ma tête n'allait pas exploser sous une sensation de pression très forte. Il fait froid, mon duvet n'est pas assez chaud pour ces températures, je gèle littéralement et dépense beaucoup d'énergie à tenter de me réchauffer. Même recouvertes d'une tenture en plastique, les parois de l'édifice de fortune sont glaciales. J'attends inexorablement que les guides se lèvent et donnent le départ de l'ascension, je suis épuisé et ai hâte d'en découdre avec la montagne maintenant. L'une des jeune-femmes part plus tôt, handicapée par des ongles de pouce de pieds arrachés récemment, elle marche un peu plus lentement forcément. Elle mettra seulement une heure de plus que nous pour arriver au sommet !
Nous nous levons dans un froid plus qu'inconfortable, nous enfilons nos scaphandres de combat pour nous attaquer à ce que nous sommes venus chercher. Les deux guides prendront donc en charge une cordée de deux personnes chacun. Je partirai avec Jean-Charles, jeune français métis robuste de 25 ans. Nous sommes censés être les plus rapides, le guide prévoit 4h30 d'ascension.
Richard, l'ami anglais à l'humour très british âgé de 30 ans et Angela, suissesse montagnarde de 32 ans, forment la deuxième cordée. C'est parti, il fait nuit, il fait froid, le sol glisse, le vent cingle, quel plaisir !! Ma lampe éclaire les pieds du guide, je n'ai plus de notion de temps, je me concentre simplement sur les bottes cramponnées de mon prédécesseur, chaque pas est une lutte, chaque pas est une avancée. Nous ne distinguons presque rien des reliefs, parfois, après une pente très raide, je me dis qu'une crête permettrait un peu de repos, mais ça ne cesse de monter, il n'y a pas de fin à ce calvaire blanc. La vue de La Paz illuminée de couleurs orangées est la seule distraction furtive dont nous profitons. Les pauses sont rares et courtes, dès que l'on s'arrêtent, on gèle !
Je tente de boire de l'eau, elle est gelée malgré le fait que la bouteille se trouve dans mon parka ! Je tente de manger un morceau de Snikers, idem... On peut dire que j'ai les cacahuètes gelées !
Je ne peux que très difficilement en extraire un peu de sucre, donc de calories, cela fait 2 semaines qu'une gingivite m'empêche de croquer dans tout aliment que ce soit, alors une barre de chocolat dure comme la pierre, c'est impensable. Il me reste les feuilles de coca. Je mastique ces herbes magiques, elle donne des calories, et permettent au corps de supporter des efforts soutenus.
Les mineurs Boliviens étaient forcés de travailler 48h sans pause ni alimentation, ils résistaient grâce aux propriétés spécifiques de la feuille de coca alors bon, un petit sommet de 6000 mètres, ça devrait passer tout seul ! Il arrive un moment où chaque pas est une véritable lutte. A chaque pas je peux m'effondrer de fatigue, de lassitude, les nerfs montent, envie d'arrêter cette idiotie, mais arrêter pour faire quoi, pour aller où ? Il faut continuer, pas d'autres alternatives. Le mental est le seul moyen de ne pas tomber de déraison. C'est dur, c'est très dur. Richard perd un de ses crampons dans un mur un peu raide. Cela nous permet une petite pause. Les deux guides montent et descendent la montagne en courant pour retrouver ce crampon, sans quoi, Richard ne peut continuer l'ascension. Les guides courent dans la nuit et le froid alors que pour nous, chaque pas est une lutte, c'est incroyable !
Richard, l'ami anglais à l'humour très british âgé de 30 ans et Angela, suissesse montagnarde de 32 ans, forment la deuxième cordée. C'est parti, il fait nuit, il fait froid, le sol glisse, le vent cingle, quel plaisir !! Ma lampe éclaire les pieds du guide, je n'ai plus de notion de temps, je me concentre simplement sur les bottes cramponnées de mon prédécesseur, chaque pas est une lutte, chaque pas est une avancée. Nous ne distinguons presque rien des reliefs, parfois, après une pente très raide, je me dis qu'une crête permettrait un peu de repos, mais ça ne cesse de monter, il n'y a pas de fin à ce calvaire blanc. La vue de La Paz illuminée de couleurs orangées est la seule distraction furtive dont nous profitons. Les pauses sont rares et courtes, dès que l'on s'arrêtent, on gèle !
Je tente de boire de l'eau, elle est gelée malgré le fait que la bouteille se trouve dans mon parka ! Je tente de manger un morceau de Snikers, idem... On peut dire que j'ai les cacahuètes gelées !
Je ne peux que très difficilement en extraire un peu de sucre, donc de calories, cela fait 2 semaines qu'une gingivite m'empêche de croquer dans tout aliment que ce soit, alors une barre de chocolat dure comme la pierre, c'est impensable. Il me reste les feuilles de coca. Je mastique ces herbes magiques, elle donne des calories, et permettent au corps de supporter des efforts soutenus.
Les mineurs Boliviens étaient forcés de travailler 48h sans pause ni alimentation, ils résistaient grâce aux propriétés spécifiques de la feuille de coca alors bon, un petit sommet de 6000 mètres, ça devrait passer tout seul ! Il arrive un moment où chaque pas est une véritable lutte. A chaque pas je peux m'effondrer de fatigue, de lassitude, les nerfs montent, envie d'arrêter cette idiotie, mais arrêter pour faire quoi, pour aller où ? Il faut continuer, pas d'autres alternatives. Le mental est le seul moyen de ne pas tomber de déraison. C'est dur, c'est très dur. Richard perd un de ses crampons dans un mur un peu raide. Cela nous permet une petite pause. Les deux guides montent et descendent la montagne en courant pour retrouver ce crampon, sans quoi, Richard ne peut continuer l'ascension. Les guides courent dans la nuit et le froid alors que pour nous, chaque pas est une lutte, c'est incroyable !
Des heures que nous marchons dans ce désert blanc et sombre. Nous ne voyons rien mais il n'y a pas de bruit non plus. Seul le rythme des crampons dans la neige nous accroche à quelque chose de vivant, scratch, scratch, scratch... Parfois le rythme change selon la pente, nous passons des crevasses, ça réveille un peu.
A un moment, je ne peux vraiment plus, je stoppe la cordée pour reprendre un peu de force, pendant que chacun s'hydrate ou mange quelque chose, je m'endors d'un coup. Je dors cinq minutes, je suis réveillé par la question de Jean-Charles, "Alors grand, ça va?", il ne s'est pas aperçu de mon sommeil qui ressemble plus à un évanouissement, à un processus de sécurité corporel.
Je me réveille d'un coup également, ça va mieux, je mange un peu de fruits secs, lutte contre l'envie très désagréable de les vomir. Nous voyons une lueur se perdre dans le ciel, le soleil se lève, nous ne sommes plus très loin, "une heure et vingt minutes nous dit l'un des guides avant le sommet, mais vous allez voir c'est le plus facile"... tu parles Charles ! Heureusement qu'il nous a dit ça, cela nous donne des forces, mais en guise de plus facile, il nous reste le plus dur, les pentes les plus raides, les murs de glace au dessus du vide et la dernière crête battue par le vent.
Cela n'en finit pas, plus haut, toujours plus haut, nous voyons se dessiner petit à petit la masse sombre du sommet, c'est encore loin, moins qu'il n'y parait finalement car la fin est vraiment à pic. Nous devons avoir recours à ce que l'on a appris, la position du piolet dans la glace, la position des crampons, la hauteur du corps, là c'est du sérieux, il ne s'agit pas de faire une erreur, toute l'énergie se concentre sur ces mouvements, chaque geste est pensé, pesé, toute la force se transmet aux cuisses pour se hisser jusqu'au nouveau point d'ancrage creusé dans la glace par le pied opposé.
Je me réveille d'un coup également, ça va mieux, je mange un peu de fruits secs, lutte contre l'envie très désagréable de les vomir. Nous voyons une lueur se perdre dans le ciel, le soleil se lève, nous ne sommes plus très loin, "une heure et vingt minutes nous dit l'un des guides avant le sommet, mais vous allez voir c'est le plus facile"... tu parles Charles ! Heureusement qu'il nous a dit ça, cela nous donne des forces, mais en guise de plus facile, il nous reste le plus dur, les pentes les plus raides, les murs de glace au dessus du vide et la dernière crête battue par le vent.
Cela n'en finit pas, plus haut, toujours plus haut, nous voyons se dessiner petit à petit la masse sombre du sommet, c'est encore loin, moins qu'il n'y parait finalement car la fin est vraiment à pic. Nous devons avoir recours à ce que l'on a appris, la position du piolet dans la glace, la position des crampons, la hauteur du corps, là c'est du sérieux, il ne s'agit pas de faire une erreur, toute l'énergie se concentre sur ces mouvements, chaque geste est pensé, pesé, toute la force se transmet aux cuisses pour se hisser jusqu'au nouveau point d'ancrage creusé dans la glace par le pied opposé.
L'énergie de transfert se ressent en élan de chaleur dans les fibres musculaires.
La main tape le mur réfléchissant bleuté, parfois le piolet s'accroche, parfois non, la glace est trop dense ou bien trop friable. Nous entendons des craquements sourds venus du tréfond de la montagne, le soleil est presque levé, la différence de température dilate les glaces et fait craquer les fondements. Voilà pourquoi nous escaladons de nuit, de jour les risques de fissures de la paroi sont trop importants.
La main tape le mur réfléchissant bleuté, parfois le piolet s'accroche, parfois non, la glace est trop dense ou bien trop friable. Nous entendons des craquements sourds venus du tréfond de la montagne, le soleil est presque levé, la différence de température dilate les glaces et fait craquer les fondements. Voilà pourquoi nous escaladons de nuit, de jour les risques de fissures de la paroi sont trop importants.
Encore quelques mètres, nous voyons la lampe d'Angela, la demoiselle partie une heure avant nous arriver tout juste au sommet, nous y sommes, ça y est !
L'épuisement est total. Le soleil révèle la splendeur du paysage.
Les montagnes dialoguent avec le ciel en bulles de nuages cotonneux que nous surplombons.
Les montagnes dialoguent avec le ciel en bulles de nuages cotonneux que nous surplombons.
Le ciel s'éclaircit doucement, l'ombre du mont Huyana Potosi forme un parfait triangle sur le lac Titikaka, je n'en crois pas mes yeux, en fait il est presque difficile de savourer tellement je suis fatigué.
Par bribes, je me rends compte de la majesté de l'environnement, nous sommes sur une pointe, il y a peu de place, tout autour, le vide. Nous prenons quelques photos, certains appareils ne fonctionnent pas, les batteries sont gelées.
Quelques minutes sur l'un des toits du monde, et puis il faut redescendre... redescendre, je n'y avais pas pensé ! Un autre calvaire commence. Nous devons redescendre maintenant jusqu'au refuge de base, 1200 mètres plus bas, par les à pics de glace, la neige, les roches, les chaos... Mon dieu sauvez-moi ! Donnez-moi des skis, une luge, des ailes, quelque chose, je ne peux pas descendre ça maintenant.
Cela fait 24h que je n'ai pas dormi, j'ai marché cette journée pendant sept heure et trente minutes, ai passé sept heures a claquer des dents, tout ça sans manger pratiquement, pour gravir 1200 mètres en luttant contre le froid, le sorroche... et maintenant quoi ? Il faut tout faire à l'inverse, maintenant ?
Et bien oui, et il n'y a pas d'autre alternative !
Nous descendons en cordée, je suis derrière Jean-Charles, je suis très lent, je n'en peux plus. Je pense au calvaire des esclaves forcés à travailler jusqu'à épuisement, je n'avais jamais ressenti physiquement ces limites. Cela fait relativiser des choses ou du moins connaître des sensations nouvelles.
Je termine la descente et ferme la marche du groupe. Je préfère prendre mon temps et ne pas bêtement me tordre une cheville ou glisser pour me casser un bras. Les terrains sont très glissants et avec la fatigue, la faute d'appui est possible à chaque pas.
Mes jambes se dérobent parfois sous mon poids additionné du sac de matériel. Le tout doit pesé dans les 100 kg. Je dois être très prudent. Le guide m'accompagne, très professionnellement dans ma descente quasi gériatrique.
Enfin arrivés au refuge de base.
On nous offre une soupe et de la viande et du riz, je boirai la soupe, je suis déshydraté, je sens que mon corps a besoin de tout mais j'ai du mal à accepter la nourriture, comme un blocage physique, petit à petit je bois un peu d'eau chaude, puis d'eau tempérée. Là il y a un couple de français qui s'apprêt à faire l'ascension, on plaisante un peu, je leur dit ironiquement que c'est super facile... ça va, j'ai toujours de l'humour, je ne suis pas mort ! Mes forces reviennent vite, très vite même, j'en suis surpris.
Voilà, j'ai gravi ma première montagne à plus de 6000 mètres, je suis content, surtout que ce soit fini, je crois que ce sera ma première et unique expérience de ce genre. Je suis content de l'avoir fait, ça n'a rien changé pour moi, peut-être juste renforcé l'idée que finalement je préfère me faire un coup de surf peinard, prendre le soleil sur une plage, boire une bière et faire un barbecue avec des potes, juste prendre le plaisir où il est, sans challenges inutiles. "Celui qui ne regarde pas au-delà de la montagne ne peut emprunter le chemin qui y mène", j'ai regardé au-delà en effet pour pouvoir la gravir cette montagne, ça marche, on peut tout faire avec la volonté. Je crois qu'avant de vouloir construire des montagnes ou de vouloir en déplacer, il est intéressant de simplement essayer d'en monter une, pour voir ! Je me suis aussi rendu compte d'une chose, physiquement, le souffle est la seule chose qui nous tient en vie. On peut se passer de nourriture, de boisson, de plaisir, de réflexion, de sommeil, mais on ne peut pas se passer du souffle. Le souffle c'est la vie, chaque inspiration est un cadeau.
Et bien oui, et il n'y a pas d'autre alternative !
Nous descendons en cordée, je suis derrière Jean-Charles, je suis très lent, je n'en peux plus. Je pense au calvaire des esclaves forcés à travailler jusqu'à épuisement, je n'avais jamais ressenti physiquement ces limites. Cela fait relativiser des choses ou du moins connaître des sensations nouvelles.
Je termine la descente et ferme la marche du groupe. Je préfère prendre mon temps et ne pas bêtement me tordre une cheville ou glisser pour me casser un bras. Les terrains sont très glissants et avec la fatigue, la faute d'appui est possible à chaque pas.
Mes jambes se dérobent parfois sous mon poids additionné du sac de matériel. Le tout doit pesé dans les 100 kg. Je dois être très prudent. Le guide m'accompagne, très professionnellement dans ma descente quasi gériatrique.
Enfin arrivés au refuge de base.
On nous offre une soupe et de la viande et du riz, je boirai la soupe, je suis déshydraté, je sens que mon corps a besoin de tout mais j'ai du mal à accepter la nourriture, comme un blocage physique, petit à petit je bois un peu d'eau chaude, puis d'eau tempérée. Là il y a un couple de français qui s'apprêt à faire l'ascension, on plaisante un peu, je leur dit ironiquement que c'est super facile... ça va, j'ai toujours de l'humour, je ne suis pas mort ! Mes forces reviennent vite, très vite même, j'en suis surpris.
Voilà, j'ai gravi ma première montagne à plus de 6000 mètres, je suis content, surtout que ce soit fini, je crois que ce sera ma première et unique expérience de ce genre. Je suis content de l'avoir fait, ça n'a rien changé pour moi, peut-être juste renforcé l'idée que finalement je préfère me faire un coup de surf peinard, prendre le soleil sur une plage, boire une bière et faire un barbecue avec des potes, juste prendre le plaisir où il est, sans challenges inutiles. "Celui qui ne regarde pas au-delà de la montagne ne peut emprunter le chemin qui y mène", j'ai regardé au-delà en effet pour pouvoir la gravir cette montagne, ça marche, on peut tout faire avec la volonté. Je crois qu'avant de vouloir construire des montagnes ou de vouloir en déplacer, il est intéressant de simplement essayer d'en monter une, pour voir ! Je me suis aussi rendu compte d'une chose, physiquement, le souffle est la seule chose qui nous tient en vie. On peut se passer de nourriture, de boisson, de plaisir, de réflexion, de sommeil, mais on ne peut pas se passer du souffle. Le souffle c'est la vie, chaque inspiration est un cadeau.
Chaque inspiration était un pas dans la neige pour sortir de cette geôle de souffrance et de pénibilité. Le souffle est un espoir de chaque instant, un porteur de tout.
J'y penserai à chaque inspiration, tant que le souffle est là, tout est possible, tout !
