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jeudi 31 décembre 2009

Dubaï, le 1er Janvier 2010, 00h40.

Voilà une heure que l'Airbus A380 flambant neuf d'Emirates Airlines vient de toucher le sol des Emirats Arabes Unis.

J'ai passé le portique de transfert de vol à exactement 00h00. A cette heure de passage à l'an 2010, je retirai ma ceinture pour la mettre dans un bac noir, une manière d'enterrer une année pour se tourner vers une autre.
Des larmes ont coulées, doucement, quelques-unes, je pensais à l'endroit où j'aurai dû être, avec mon amour, si n'était survenu ce malheureux accident où elle a perdu la vie il y a deux mois.
Quelle chance j'ai de pouvoir passer cette fête seul, seul face à mes sentiments, seul face à moi, avec moi, seul et finalement sans me sentir seul, en me sentant simplement "à côté", sereinement.
Bien sûr, on sert un peu les dents lorsque l'on voit des couples se serrer fort, se regarder au fond des yeux avec tout l'amour qui les fait prendre soin l'un de l'autre, on sert les dents une dizaine de secondes par réaction égoïste et puis on a envie de les serrer eux, dans ses bras et de leur dire, profitez !
Dans l'avion, mes voisins étaient Argentins, de Cordoba. Leur petite fille, Illona,  était adorable du haut de ces 9 mois. Cela m'a fait du bien de pratiquer mon castillan avec cet accent chuitant que j'aime tant.
Je suis donc en voyage, mais pour une destination opposée à celle de l'Amérique du Sud, comme pour fuir un peu cette réalité insupportable, je parle de la disparition de Stefani, pas du reste.
Je crois que c'est peut-être la première fois que je fuis, un moment pour repartir mieux, j'en ai besoin, j'en suis conscient alors j'assume.
Impressionnant que ce vol 74, au départ de Paris.
Emirates a tout compris à la fidélisation clients et au business.



 

source : http://www.tropicalisland.de
 
Tout est parfait, c'est simple, du confort à l'accueil en passant par les prestations à bord, on a presque envie de rester dans l'avion. Le personnel est charmant, la nourriture, un poulet coco, digne des meilleurs restaurants.
Tout va vite, sans précipitation, les enregistrements sont très bien organisés, l'aéroport est immaculé, des prises électriques internationales sont postées un peu partout et très visibles pour permettre à qui le veut de recharger qui de son téléphone, qui de son Laptop, qui de son Ipod pour le prochain vol.
Internet est en libre accès, complètement gratuit. Voilà ce qui est extrêmement plaisant, alors, les gens s'installent tranquillement, consomment dans les différents points de vente, tous donnant sur l'agora centrale, avec possibilité de s'asseoir très confortablement.
Donnez de la liberté et du confort aux gens, ils vous le rendront en business, à coup sûr !
J'aime le voile simple, léger, symbolique des hôtesses d'Emirates Airlines, c'est un attribut vestimentaire extrêmement sensuel, soyeux, lumineux et fin.
Ce voile cache et révèle, accroche la lumière et la diffuse, capte l'attention et la trouble, ce voile est un écran de fumée, suave et parfumé aux effluves agréables et subtiles.
Je trouve l'ambiance dan l'aéroport sereine, paisible.
Le Hub de Dubaï est un véritable florilège de toutes les couleurs de peaux humaines que peut tenir la planète, toutes les langues sont parlées dans les conversations privées, l'anglais seul est privilégié, avec tous les accents possible et imaginables bien sûr,  pour les échanges autres.
Ce microcosme est très sympathique parce que dans un environnement protégé et dans un contexte particulier, pas tant le fait que ce soit le soir du nouvel an finalement, mais plutôt parce que nous sommes ici hors du temps, de nuit, en transfert ; je dis nous car bien que voyageant seul, il y a évidemment des milliers de gens dans le même cas.

Je suis parti de Paris avec un climat vraiment particulier, dans des brumes incroyables, un froid humide et pénétrant. Ici, à Dubaï il fait 18°, les nuits sont fraîches dans le désert comparées au 35° de la journée.
Bien sûr l'aéroport est climatisé, il fait bon.

Je vois clignoter des sapins de Noël.
Certaines personnes sont en tongs et short, d'autres en costumes complets européens, tandis que ceux-ci sont tout vêtus d'un blanc qui contraste élégamment  avec leur peau sombre et leurs barbes longues.
Des prêtre catholiques croisent des rabbins, des imams.
J'aime ces contrastes, ces politesses, ces respects. Fictifs ? Isolés ? Temporaires ?Réels, ici et maintenant, voilà qui est l'important.


lundi 21 décembre 2009

En route pour la citée perdue des Incas


route macchu piccu

Quelques heures de car depuis Cusco et nous changeons radicalement de décors.
Après être passé par un col de 4800m, avoir une fois de plus surplombé les nuages, nous redescendons, le désagrément de l'altitude disparaît doucement à mesure que le car chemine vers de nouveaux paysages. Plus nous avançons, plus le paysage s'enrichit d'arbres, de végétation, de ruisseau, de petites cascades. Nous traversons une palmeraie, les feuilles géantes recouvrent les vitres toutes entières. Je ne sais pas où je suis. Comme en Bolivie, le car marque des arrêts dans de petits villages, où au milieu de la route, sans aucune annonce pour nous indiquer où nous nous trouvons.

Des gens montent et descendent entre réveils nébuleux, descentes de sac de la gouttière à bagages, envie de pisser et odeurs d'humains enfermés dans une boite en fer depuis des heures. Après sept de ces heures, de vues splendides et de ciel étoilé, nous arrivons vers 20h à Santa Maria, à une centaine de kilomètres d'Agua Calientes, la ville se situant au pied du fameux Macchu Piccu. Ici, c'est le début de la jungle, et mon dieu ce que j'aime la jungle, ses odeurs, sa verdure, sa densité, son humidité, ses mystères. J'aime la vie simple qu'elle propose. Ici, tout pousse : Oranges, mandarines, cacao, bananes... Les gens sont très accueillants. Je vais passer la nuit et repartirai demain vers cinq heures, pour le Macchu Piccu. Nous sommes à 1100m au dessus du niveau de la mer, je me sens mieux qu'en altitude. Je peux reboire une bière sans crainte de mal de crâne... Au dessus de 4000m l'alcool ça tape !... Je mange une omelette pas très bonne avec des trucs dedans. 

Je commence à m'habituer à cette cuisine pas très à mon goût, je ne suis donc pas surpris. Le restaurant bar ferme, il est 21h. La vielle femme courbée retourne les chaises sur les tables tranquillement. Le jour se lève à 5h du matin ici, les horaires sont donc décalés de la même façon le soir. Je dors dans une auberge pour 8 soles, c'est à dire 2 euros à peu près. Le lit est bon, la chambre grande, tout est tranquille. Quelques odeurs de Chanchos, les cochons sauvages, arrivent à effleurer le village, c'est une odeur forte, mais ici presque agréable, puisque diffuse. Elle rappelle simplement la vie sauvage, très proche, active et énergétique. Le réveil sonne à 4h, je dois partir tôt pour joindre Agua Calientes. Depuis Santa Maria, le trajet en voiture dure environ 45 mn pour rejoindre Santa Theresa, d'où partent les véhicules pour le barrage électrique. Du barrage 2h de marche seront nécessaires pour atteindre Agua Calientes.
Il n'y a pas de routes pour y parvenir, un train seul existe, la réservation doit se faire très en avance et le prix est absolument exorbitant pour le pays. Le chemin d'accès se fait donc le long de la voie de chemin de fer, enfin le long... sur la la voie de chemin de fer plutôt ! J'entame la marche avec plaisir, les cris des perroquets dialoguent avec le grondement de la rivière dans une atmosphère incroyable de jungle. Je suis réellement dans un autre temps. Les planches de bois portent des fourmis gigantesques, les feuilles des oiseaux multicolores. Il n'y a personne d'autre sur le chemin.

J'ai le temps de penser à la chance que j'ai de pouvoir réaliser mon rêve de gamin, marcher sur les pas des Incas et rencontrer ce lieux, car il s'agit véritablement d'une rencontre. Je chemine à l'aise, heureux d'avoir un souffle si ample et sain. Soudain j'aperçois des sacs à dos laissés sur le bas côté du balaste de pierre. Etrange, il n'y a personne, les sacs sont au nombre de trois, chacun est recouvert d'un carton pour éviter qu'il ne se mouille avec la pluie. Mais qui peut bien laisser son sac ainsi ? Ce sont des sacs de gringos, j'essaye d'imaginer ce qui peut être la source de cette énigme, et finalement décide de continuer ma route. Je marche d'un bon pas et il me semble pourtant que le temps indiqué pour rejoindre la ville est déjà écoulé... en effet, j'aurais marcher 2h40 pratiquement pour faire le trajet. Ici au Pérou, les notions de temps et de distance sont fonction de celui qui parcoure le chemin. Je saurai un peu plus tard pourquoi cette évaluation est optimiste...

Agua Calientes est une ville très touristique forcément puisqu'elle ne vit que de cela. Tout est dédié au Macchu Piccu et organisé pour le rejoindre. Les choses ici sont bien faites, il est un peu hasardeux de rejoindre Agua Calientes, mais une fois qu'on y est, on trouve une organisation efficace. Un bus mène en haut de la cité perdue, il en part un toutes les dix minutes, plein de touristes bien entendu, et uniquement de touristes étrangers. Il faut savoir que l'accès au Macchu Piccu, perle de la culture Inca et Andine, est absolument hors de portée des bourses péruviennes moyennes, le tarif d'entrée est très élevé pour le pays. Ainsi, le peuple n' a pas accès à sa propre culture, l'acculturation ici est dans une marche vive, les discriminations des indigènes sont courantes, les noms de famille Quechua portent une consonance de sous-peuple et la langue est synonyme d'arriération... Elle est peu parlée dans les villes et est même assez mal vue. Contrairement à ce que les gouvernements montrent, la culture n'est pas défendue, elle est exploitée. Les aides à la culture sont une bonne manière de dealer des voix pour les élections et la défense de la culture est en fait beaucoup, un achat pur et simple de reélection. Les guides volontaires et indépendants des ruines incas (y compris le Macchu Piccu) travaillent parfois comme professeurs de Quechua ou enseignant d'autres matière durant la journée ou le soir. Quand ils ont du temps, ils tentent de vendre leur savoir aux touristes pour financer eux-même la sauvegarde de leur culture, achetant des livres, des cahiers, des crayons pour leurs élèves n'en ayant pas les moyens. Ceux qui font cela sont les personnes les plus droites, qui refusent de troquer leur liberté d'expression electorale contre un financement pervers de la culture. Ils savent que la seule façon de sauver une culture est de se la réaproprier et donc de la garder hors de corruption, chose extrêmement difficile lorsque l'on parle de nécessités premières... En haut du Macchu Piccu, un guide, qui porte un prénom français sur sa poitrine, me propose ses services me parlant en espagnol, une fois de plus on me prend pour un ressortissant d'une autre nationalité. Je saurai plus tard que les guides ont des techniques afin de capter leurs clients français. C'est simple, les français préfèreront un guide avec un prénom, souvent faux, français, cela les rassure...

dimanche 20 décembre 2009

Cusco, énergie surréelle

Incroyable place d'armes, encerclée de splendeurs.


Eglises, cathédrale, parmi les plus belles d'Amérique, veillent sur la fontaine multicolore, les jardins fleuris et les arches coloniales reposant sur les pierres taillées des Incas. Les collines alentours dialoguent de lumières avec les étoiles. Je crois que c'est un des plus beaux endroits que j'ai vu. Une seule colline reste noire, sombre, à la cime de celle-ci, un Christ blanc criant de lumière béni le berceau de l'empire Inca. Je pourrai en pleurer tellement c'est beau mais il fait meilleur sourire et dire merci, boire un bon verre de vin à la santé des Dieux, quels qu'ils soient. Eux finalement doivent réussir à s'entendre et à ne pas se détruire. Salud !

samedi 19 décembre 2009

Cusco, ville magique





Berceau de la culture Inca, ville Puma entre monts et soleil, l'emprunte espagnole est si présente qu'elle exhibe la force de croix, nécessaire à l'écrasement des derniers rois.
Il y a tant d'églises splendides pour évangéliser cette terre, que l'on y perdrait presque une foi simple, respectueuse et sincère.



C'est bien au nom de Dieu que Pizarro a fait tomber les plumes, masqué le soleil, décapité l'ultime roi de l'astre divin, des Incas. La plainte du peuple illuminé perça le ciel de souffrance vive, à en rendre sourd les vivants, à en faire tomber les ailes des anges.
Converti pour ne pas se consumer en flammes, converti pour respecter son corps, ses croyances, Atawallpa saigna le sang de ses ancêtres, de la terre sacrée, du ciel, des lumières et du peuple. Les herbes, le vent, la pluie, le temps recouvrirent en une seconde des centaines d'années de puissance, de culture et de résistance.



Par la volonté du démon, du blanc percé d'yeux ronds couleur des eaux, tout disparu en un instant, le lion remplaça le puma, le condor posa à jamais ses ailes de géant sur une terre désormais d'occident. La porte du soleil fût fermée et on jeta la clef du haut d'une montagne sacrée, aujourd'hui mont pelé d'Absalyde.



lundi 14 décembre 2009

Ciel Nantais

Ciel d'ardoise sur ville de craie,
tu retiens sous ton couvercle de silence,
les élans de départ d'un peuple extenseur de France,
Nantes, ville d'ailleurs, accrochée à l'hexagone,
c'est avec les lueurs des tropiques, les parfums d'Afrique et d'Orient,
que dans ta mémoire tu danses, chaque nuit, sous un râle percé de l'ozone.
Grise est ta robe, gris ton sourire, grise ta pluie car tu ignores,
qu'en ton ventre bat la splendeur des mondes et l'espoir, toujours, des encore.


 

samedi 12 décembre 2009

Parfois

Parfois, on se sent juste simplement vivant.
Parfois on se sent juste simplement heureux.
Parfois, on se sent juste simplement libre.



Et bien, ce parfois, si rare qu'il en devient précieux, n'est pas une fatalité.
Et non , ce n'est pas sa rareté qui le rend précieux, ce parfois est une ébauche, ce parfois est un croquis, qui tient en lui l'essence de la vie.
Oui ce parfois porte une énergie primaire, simple et évidente, comme un rond parfait dessiné à main levé par Le Corbusier sur un tableau d'écolier, en geste juste, avec une simple craie.
Mais ce parfois est l'aube, la toute petite première lueur de ce que l'on peut observer, ébahi, si l'on s'assoie sereinement sur le bord de l'infini, les pieds dans le vide de ce que sera demain.
Qu'elle est riche cette vie ! Ne rien savoir, ne rien prévoir, est comme une invitation à tous les possibles. Devenir un simple papier argentique, sensible à la lumière des choses, des rencontres et du temps, nous révèle des images, des contes et des surprises, que seule la chambre noire et mystérieuse de l'inconnu peut porter.
Passer une journée à flâner, à écouter les hommes changer le monde, à vivre la pluie, à pleurer des oignons ou à humer des odeurs de grillade, à sentir sur son visage le pâle rayon d'un soleil d'hiver.
Passer une journée à goûter des mets inconnus, des tendresses imprévues, des chaleurs amicales.
Passer une journée à se frotter les yeux de ne pas être coupable, de n'être ici pour rien, pour personne.
Passer une journée à savourer chaque seconde comme le meilleur souvenir de votre vie d'enfant, comme le met le plus fin, la madeleine de Marcel, ou les crêpes du dimanche avec sur le beurre, un peu de fleur de sel.
Chaque jour, je me réveille souriant, heureux et sans questions.
Je ne me demande plus ce qui me rendra heureux.
"Rendre heureux", cela veut-il dire récupérer une naïveté d'enfant, avant l'élevage social, cette capacité d'émerveillement. Cela veut-il dire encore que cela émane de nous ? Cela signifie-t-il tout simplement, que la seule chose qui puisse "rendre le bonheur" est celui qui a envie de le créer ?
Peut-être un peu de tout cela.
Aujourd'hui on m'a posé une question sur mon état de bien-être.
"Tu as rencontré quelqu'un ?"
Je dirai oui, enfin, le seul être avec qui je suis sûr de passer toute ma vie, sans aucun doute, aucun : la vie qui m'anime.
Ainsi, je ne suis plus, tout en étant vraiment. Les choses résolues se remettent en chanson, non plus comme des nuisances mais comme des instruments qui teintent de leurs couleurs le chatoiement du vent.
Même ces mots virevoltent, prennent des places imprévues, se structurent à l'envie. Parfois cela évoque, parfois cela provoque, certaines personnes y voient des portes, ouvertes et accueillantes. D'autres trouvent cela ridicule, idiot, mais peu importe. Le soleil crée de l'ombre, chaque force a son contraire. La pluie commence par boucher le ciel pour ensuite goutte à goutte, créer une surface vive qui le fera bientôt exister en reflet, en double et donc deux fois renaître.

mercredi 2 septembre 2009

Observation de perroquets, pêche au pirañas et nage dans la rivière Beni, en Amazonie.

Nous nous levons tôt afin de rejoindre en barque un point stratégique d'observation d'oiseaux.
Il s'agit d'une falaise abrupte en plein cœur de la forêt. Les perroquets et autres oiseaux multicolores sont ici dans leur habitat naturel, ils nichent dans la falaise et sont actifs tôt le matin.



Les cris sont puissants et d'un autre monde. Pour en avoir une idée, louez "1492" de Ridley Scott, 54ème et 55ème minutes du film, voilà, on y est, c'est comme ça ! Des couples de perroquets magnifiques de rouge et de bleu à longues queues passent au-dessus de nos têtes entre les branches vertes des arbres. La forme des oiseaux se découpe parfaitement dans le bleu du ciel, c'est tout simplement splendide.


Perroquets et oiseaux multicolores




















Nous restons là quelques temps, peut-être une heure, peut-être deux, avant de repartir sur la rivière Beni, toute proche. Nous allons remonter un peu le cours de la rivière en barque à moteur afin de la redescendre en canot pneumatique gonflable, il y a des petits rapides rigolos, et nous pourrons nous baigner dans ces eaux couleur de terre.
Nous accostons sur un terre-plein afin de gonfler le canot, chacun y va de son coup de mollet vigoureux. Pendant ce temps, Ovidio lance nonchalamment une ligne terminée d'un gros hameçon au milieu du rio en entonnant une sorte de formule magique. Pas évident le lancer de ligne de fond, c'est toute une technique de faire tourner la ligne au-dessus de sa tête tout en la laissant s'agrandir pour qu'elle prenne de la vitesse, ceci afin qu'elle plonge le plus possible au milieu de la rivière, là où il y a le plus de fond et où les poissons sont plus nombreux.
Trois minutes chrono, la petite pierre qui est posée au-dessus de la ligne d'Ovidio tombe, le fil de pêche s'enfonce dans l'eau, Ovidio saute sur la ligne, ferre, et donne le fil à Johannes afin qu'il remonte, remonte, remonte, c'est de plus en plus dur, la fin est ardue, il remonte un Piraña de 2,5 kg facile! Il gigote dans tous les sens avec une force incroyable. C'est un Piraña géant, celui-ci ne croque pas les hommes, même s'il reste carnivore.


Pêche aux Pirañas




















Nous continuons à gonfler le canot, deux minutes plus tard, le pilote de la barque remonte un poisson énorme, il doit bien faire dans les 4,5 kg, c'est un poisson chat! Ces petites bébêtes nous serviront de dîner ce soir, cuits dans des feuilles de palmiers ou fris en croquettes! Délicieux.
J'aurai la chance de pêcher moi-même un Piraña géant le lendemain. C'est génial, je n'ai jamais pêché un poisson aussi gros. Je goûte à cette simplicité de vie qui me plaît énormément, se lever, profiter du soleil (attention, très fort ceci-dit), aller observer la flore et la faune, pêcher, manger le poisson avec lequel vous avez combattu (ils sont costauds ces cons là). Une sensation de paradis perdu, dans une ambiance sonore fabuleuse. Nous descendons la rivière sur le canot, nous baignons dans une eau chaude et douce. Ovidio nous dit de ne pas nous inquiéter les alligators dorment à cette heure là...
Une blague ? Non non, pas du tout...



Nous les avons vu hier lors de la promenade nocturne sur la plage. Nous ne voyions que le rouge de leurs yeux reflétant la lumière de nos lampe-torches. Nous avons cherché à voir un Tapir également, animal de nuit pesant jusqu'à 300 kg, mais en vain. Les cris des singes jaunes nous auront consolés. Ovidio me propose de passer la nuit dans la jungle seul. Il a vu que j'essayais d'enregistrer des sons de faune et que j'avais du mal à trouver du silence avec mes amis touristes. Il me propose donc de l'accompagner pour dormir au milieu des animaux, il pourra alors également me parler des histoires et légendes de la forêt. Génial, tout ce que j'aime. Suite à un impératif pour Ovidio, je pars finalement en jungle avec un jeune guide de 18 ans, natif également d'une communauté indigène. Nous emmenons deux bières pour trinquer une fois sur le site et honorer la Pachamama, la déesse terre, cela me rappelle les rites de respect aux ancêtres malgaches. Bien entendu nous prenons avec nous des moustiquaires, nous allons dormir à même le sol, avec des centaines d'animaux et d'insectes autour de nous, ils nous faut nous protéger un peu quand même. Je revêts mon scaphandre de combat, mes vêtements imprégnés de répulsif, et je me oins d'anti-moustique, des pieds à la tête.
Nous marchons pour nous arrêter dans un endroit un peu moins touffu que les autres. Nous disposons les fins matelas de mousse sur les feuilles de palmier, coupons quelques troncs de jeunes pousses afin de réaliser les supports à moustiquaires.



Voilà, tout est prêt, la nuit tombe vite, les bruits de la forêt changent et prennent une autre ampleur avec l'obscurité. Nous cheminons dans le noir, les étoiles sont d'un brillant diamantaire. Nous marchons doucement, écoutant les sons, les cris des oiseaux, des singes et autres animaux peuplant l'Amazonie. Après quelques heures, voici venu le moment de se coucher. La vérification minutieuse de la moustiquaire faite, je rentre mon pantalon dans mes chaussettes, garde près de moi mon précieux enregistreur numérique Zoom afin de pouvoir graver les sons de la nuit et essaie de fermer les yeux.



C'est un moment assez délicieux, j'adore être au milieu de tout cela, me sentir faire partie de ce tout. Je ne peux cependant m'empêcher de penser un instant à l'histoire que nous conta hier soir Ovidio. L'un de ses amis, danois, résolu à partir à la rencontre d'un peuple nomade de la jungle, n'est jamais revenu. Sans doute a-t-il été victime d'une morsure de serpent ou d'un accident quelconque, ou bien peut-être a-t-il réellement trouvé ce peuple nomade qui s'avère être cannibale.
Après quelques prises de sons, je m'endors paisiblement entre grattements, craquements et cris de singes au lointain. Je me réveille avec les lueurs de l'aube.

Les sons sont encore différents, je saute sur mon zoom, afin de ne pas en perdre une miette. Le petit appareil amplifie de manière surprenante tous les sons grâce à quatre micros. J'enfile mes écouteurs et profite... J'entends un son sourd, comme un vent, je retire mes écouteurs, rien ! Je recommence, le vent souffle, je l'entends dans mon appareil qui l'enregistre. Je retire à nouveau mes écouteurs, rien, pas de vent, pas un souffle, aucune feuille ne bouge, aucun son de souffle ne parvient de plus loin, étrange.
Ovidio m'expliquera le lendemain qu'il y a un "Duende" dans la forêt, un esprit. Il peut prendre la forme d'un humain pour entraîner ses victimes à se perdre, il peut aussi se muer en vent, en souffle intriguant, forçant les âmes à le chercher, fuyant toujours plus en profondeur dans la forêt. Ce mythe ressemble aux sirènes d'Ulysse bien entendu et à bien d'autres légendes assez similaires. Et bien si j'ai bien été en présence d'un Duende, je l'ai enregistré.

Le jour se lève complètement finissant de me réveiller. Je constate en me levant que ma moustiquaire s'est transformée en crêpe dentelle. Les fourmis ont littéralement dévoré mon voile anti-piqûres. Je lève mon pantalon, j'ai en effet servi de met de choix aux araignées et autres bestioles, mes jambes portent 67 piqures de toutes tailles. La cuisine française est décidément appréciée de tous ! Au début, les démangeaisons sont légères mais iront en augmentant jusqu'à devenir insupportables pendant 4 jours. Elles m'occasionneront un petit affaiblissement, sans fièvre, mais avec prise d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires.
La forêt se remplit des mouvements des animaux diurnes, un nouveau cycle commence...


samedi 29 août 2009

Ascension de l'Huyana Potosi, 6088m !




Après quelques jours d'acclimatation à l'altitude de La Paz, en Bolivie, je me dis que va venir le moment où je vais me sentir prêt pour tenter cette expérience incroyable, gravir les 6088m du mont Huyana Potosi, situé à 25 km de la capitale la plus haute du monde.
Je reviens de la jungle Amazoniène et doit réhabituer mon corps, non pas au manque d'oxygène comme on le croit, mais à la baisse de pression atmosphérique qui produit une baisse d'efficacité de la synthèse de l'oxygène dans le sang. Ce n'est pas une légende, ici le souffle est très court, ne serait-ce que marcher dans la ville, monter une petite côte. Vous voyez tout de suite que le corps réclame son carburant. Un dicton dit qu'à La Paz, il faut marcher doucement, manger léger et dormir seul. Il m'arrive souvent de me réveiller en pleine nuit avec une sensation d'étouffement, qui passe après une grande respiration calme.
Je crois que le corps continue à fonctionner un certain temps sur son rythme de plaine. En fait, en altitude, la pression atmosphérique plus basse empêche les globules rouges de fixer normalement l'oxygène et de le distribuer de manière très efficace dans l'organisme. Il faut donc passer sur un autre mode de fonctionnement, activer une acclimatation. Je dis "activer" car on peut aider ce processus, justement en mangeant peu, en marchant le plus possible, en buvant beaucoup d'eau également, en évitant l'alcool, on peut aussi mastiquer des feuilles de coca qui aident les globules rouges à fixer l'oxygène.



Le mal d'altitude peut se réveiller dès 3000m, il se nomme "sorroche" dans les Andes, c'est un ami très affectueux qui ne vous lâche pas facilement parait-il. Maux de tête, envie de vomir, insomnie, cela peut aller jusqu'à l'embolie pulmonaire ou cérébrale, ces effets peuvent apparaître à des altitudes plus élevées, personne ne peut en fait prévoir s'il va être ou non, sujet au sorroche. L'explication est simple, la pression plus basse en altitude fait se dilater les gaz, ainsi le corps gonfle, ce qui provoque les différents maux cités plus haut. Je me prépare donc un peu, respectant les notions élémentaires de bon sens. J'ai la chance de ne pas être sujet au mal d'altitude. Je choisis de partir pour cette expédition de haute montagne avec une agence sérieuse.
C'est un première pour moi et il s'agit bel et bien de quelque chose à prendre au sérieux, il y a des risques, même s'ils ne sont pas très importants, ils existent bel et bien. Je choisis donc une agence au nom simple "Huyana Potosi travel", les guides sont expérimentés et ont des diplômes internationaux de haute montagne avec des certifications de premiers secours. J'avoue que cette activité est vraiment de l'ordre de la curiosité, je ne me suis jamais aventuré en haute montagne et la chose la plus haute que j'ai gravie en altitude doit être le lit superposé de la chambre que je partageais avec mes frères pendant les vacances de printemps quand nous partions au ski dans les Alpes, il y a de cela une vingtaine d'années.
Je verse un acompte pour l'expédition du lundi 25 Août, je partagerai l'expérience avec deux jeunes femmes suisses, Angela et Angela, un anglais, Richard et un français, Jean-Charles.



Je ne sais pas dans quoi je m'embarque et c'est finalement ça qui est marrant ! Je pense à ma chère marraine, férue d'alpinisme. Je crois que les souvenirs des photos de son intérieur, prises en haut du Mont Blanc, ne sont pas pour rien dans mon envie de connaître ce frisson. Tout gosse, du haut de mon mètre grandissant, je regardais ces photos avec admiration et perplexité tout en suçotant les glaces maison de "La Marie", ma marraine, confectionnées tout simplement en faisant geler du jus d'orange autour d'un bâton en plastique transparent, troué pour que la glace fruitée s'y accroche. La Marie est une femme robuste, toujours fière et tonique, faisant face à tout, une sorte de force de la nature affublée d'une gentillesse incroyable.
Pour moi ces glaces étaient uniques, délicieuses et faites de la même matière que ce que je pouvais voir sur les photos. Ces lieux inaccessibles étaient la récompense, le fruit d'un exploit sportif incroyable. On y voyait la famille, les hommes de la maison aussi, fiers d'être arrivés à la cime de ces montagnes mythiques. Pour moi c'étaient des sortes de héros même si je ne comprenais pas bien ce qu'ils allaient chercher si loin, si haut, sans doute comprendrais-je plus tard me disais-je...
Il y a ces souvenirs donc, mélangés à une certaine nostalgie à la pensée de mon voisin Thierry, étant gosse également. Thierry, pour moi était une sorte d'autre grand frère, il était très dynamique, entre judo, kayak et escalade, il me montrait généreusement ses trophées et partageait avec moi ses passions, jusqu'à la moto un peu plus tard. De Thierry je me souviendrai toute ma vie, pour ces raisons et parce que je porte sur mon front la cicatrice d'un accident de gamin, une chute due à un mauvais maniement de sa bicyclette qui m'avait coûté de m'ouvrir le crâne à 3 ou 4 ans. C'est à cette occasion, me faisant recoudre par le médecin de famille que j'ai cru longtemps, voyant le fil passer devant mes yeux, que notre tête en était pleine, et que la cervelle était constituée de fils conducteurs, rouges, noirs et bleus, comme les moteurs pour lesquels mon père a une passion incroyable.
Thierry donc était parti dans les Alpes pour exercer sa passion d'Alpiniste, jusqu'à y rester éternellement après une chute survenue pendant l'ouverture d'une voie nouvelle sur le pic du midi je crois. Voilà, quelques raisons, quelques souvenirs, quelques pensées, qui ont certainement guidé un peu mon choix de tenter cette expérience.



Je veux connaître ces sensations, ceci est plus important que le challenge, ça ne changera rien pour moi d'avoir réussi à monter 6000m ou non, mais je souhaite faire l'expérience. Peut-être vais-je découvrir une nouvelle passion, peut-être vais-je me rendre compte que ce genre d'activité n'est finalement pas tellement pour moi, nous verrons bien. L'essentiel est de le vivre tout simplement parce que j'en ai envie.



Je dis à mes parents que je pars en treck dans les alentours de La Paz, rien de plus, je comprends leur inquiétude, je ne me perds pas dans les détails en ce qui concerne le treck, la marche de nuit, l'escalade, la glace pour éviter de leur faire prendre dix ans d'inquiétude en trois jours.
Deux amis rencontrés pendant mon voyage, l'un australien et l'autre néerlandais m'ont raconté leur aventure en deux mots : magnifique et épuisant.
Les garçons sont sportifs alors je m'attends à avaler mon acte de naissance. J'ai une condition physique relativement bonne, de beaucoup meilleure à celle de mon départ de France, mon corps pèse dans les 82 kg aujourd'hui c'est à dire 7 de moins qu'en partant, son souffle est plus que correct et sa musculature un peu plus tendue, mais bon, on verra sur pièce comment je supporte cette ascension.
Nous partons pour le mont Huyana Potosi en minibus pour rejoindre le premier refuge qui sert de camp de base. Le refuge est très sympa, joli, situé sur les bords d'un lac artificiel d'un bleu turquoise incroyable.



Nous posons nos affaires, déjeunons une bonne soupe de minestrone et de la viande avec un portion de riz pour nous préparer à partir nous entraîner sur le glacier à la pratique de l'ascension sur glace. Tout va bien jusqu'à ce que nous voyons arriver deux zombies dans le refuge. Ils viennent de faire l'ascension et pourraient tourner dans le clip Thriller de Mickael Jackson, Honnêtement ça fait peur tellement l'épuisement se lit sur leur visage et dans leurs gestes incontrôlés...

A notre tour ! Nous vérifions et enfilons notre équipement complet d'Andinisme, harnais, bottes en plastique dur, crampons, piolets et vêtements techniques pour lutter contre le froid et le vent. Nous partons pour marcher une heure et demie pour gravir 200m de dénivelé et rejoindre le glacier et ses murs de glace à 5000 m. La marche est plaisante, les paysages très beaux. La vue est dégagée sur les montagnes, nous cheminons sur des sentiers de terre, de pierre, sur des tuyaux de conduite d'eau, il faut se concentrer un peu pour ne pas aller dire bonjour à la vallée, très facile d'accès an chute libre !



Une fois sur le site, l'enseignement commence. Le but est de nous apprendre les techniques de bases qui nous seront nécessaires pour gravir le mont Huyana Potosi : Monter et descendre des pentes de glace avec les crampons, comment tenir son piolet, que faire en cas de chute pour ne pas dévaler la montagne jusqu'en bas, quelques techniques de rappel également et un enseignement sur la confection des nœuds spécifiques, le double 8 par exemple. Une seule chose est finalement difficile et essentielle, avoir confiance en ses crampons ! Il faut ne pas douter de l'efficacité de ses pointes de métal qui, par paire, sur chaque pied, vous accrochent à la paroi.



Tout est dans la confiance. Pour commencer à descendre en rappel, ce n'est pas évident. Il faut vous mettre à 90° avec le mur de glace, complètement dans le vide, dos à la pente, en vous disant qu'il n'y a pas de problèmes, que la corde va vous retenir... ce qui est vrai, mais le cerveau n'est pas habitué à se mettre volontairement dans des situations qu'il estime dangereuses. Nous redescendons tous très contents de cette mise en bouche.



Je suis surpris de ne pas être fatigué, la mastication de feuilles de coca doit aider de manière significative je pense.
La nuit tombe, nous nous groupons autour du feu à inventer des histoires de lapin-vampire, de sorcières suisses fromagères à brûler ou à faire fondre en fondue moitié-moitié et autres bêtises, jusqu'à ce que la cuisinière du refuge nous rejoigne pour nous parler des légendes du coin. Elle nous conte l'histoire du diable qui hante le lac, attirant les hommes saouls ou bien en dépit d'amour, en chantant ou en apparaissant sous la forme d'une femme, afin de perdre ces âmes en errance. Elle me dit que le diable peut vraiment faire croire à sa victime qu'il est une femme, discuter, séduire, jusqu'à l'entraîner aux enfers, elle insiste "il peut paraître une femme sans l'être..." je lui réponds que j'ai ouï dire d'histoires similaires au Brésil... que parfois les femmes, malgré toutes apparences, n'en sont pas vraiment... et se prénomment Roberto !
Les rires terminent la soirée en même temps que les braisent s'éteignent. Nous continuons à nous raconter des histoires dans le dortoir, en anglais, jusqu'à ce que tout le monde s'endorme, cela ressemble à un camps de vacances, c'est amusant.
Aller au lit !

Les lampes frontales laissent le noir se répandre et prendre possession des songes andins. Demain, nous grimpons au deuxième refuge, à 5300 m, les choses sérieuses commencent ! Nous nous reposons le matin pour être en forme pour le jour et la nuit à venir. Les guides prévoient que nous aurons beaucoup de mal à dormir au-dessus de 5000m, donc nous rechargeons bien les batteries maintenant. Certains font le tour du lac tranquillement, d'autres dorment ou méditent. La deuxième partie de l'ascension commence tranquillement et puis se durcit sur la fin, des chaos de roches à escalader, des pentes très abruptes, des crêtes à parcourir, tout ceci se termine par quelques dizaines de mètres à grimper dans la neige tassée avec de simples chaussures de marche.



Nous arrivons au refuge d'altitude, cinq tôles ondulées orange font se dresser la cabane au milieu de la glace et de la roche. Une pièce d'un vingtaine de mètres carré nous accueille jusqu'à cette nuit, 02h du matin, heure de départ pour le sommet du mont Huyana Potosi.



Cette nuit sera une des pires de ma vie. J'ai passé 07h, de 18h à 01h du matin à grelotter, à chercher le sommeil et à me demander si ma tête n'allait pas exploser sous une sensation de pression très forte. Il fait froid, mon duvet n'est pas assez chaud pour ces températures, je gèle littéralement et dépense beaucoup d'énergie à tenter de me réchauffer. Même recouvertes d'une tenture en plastique, les parois de l'édifice de fortune sont glaciales. J'attends inexorablement que les guides se lèvent et donnent le départ de l'ascension, je suis épuisé et ai hâte d'en découdre avec la montagne maintenant. L'une des jeune-femmes part plus tôt, handicapée par des ongles de pouce de pieds arrachés récemment, elle marche un peu plus lentement forcément. Elle mettra seulement une heure de plus que nous pour arriver au sommet !
Nous nous levons dans un froid plus qu'inconfortable, nous enfilons nos scaphandres de combat pour nous attaquer à ce que nous sommes venus chercher. Les deux guides prendront donc en charge une cordée de deux personnes chacun. Je partirai avec Jean-Charles, jeune français métis robuste de 25 ans. Nous sommes censés être les plus rapides, le guide prévoit 4h30 d'ascension.

Richard, l'ami anglais à l'humour très british âgé de 30 ans et Angela, suissesse montagnarde de 32 ans, forment la deuxième cordée. C'est parti, il fait nuit, il fait froid, le sol glisse, le vent cingle, quel plaisir !! Ma lampe éclaire les pieds du guide, je n'ai plus de notion de temps, je me concentre simplement sur les bottes cramponnées de mon prédécesseur, chaque pas est une lutte, chaque pas est une avancée. Nous ne distinguons presque rien des reliefs, parfois, après une pente très raide, je me dis qu'une crête permettrait un peu de repos, mais ça ne cesse de monter, il n'y a pas de fin à ce calvaire blanc. La vue de La Paz illuminée de couleurs orangées est la seule distraction furtive dont nous profitons. Les pauses sont rares et courtes, dès que l'on s'arrêtent, on gèle !
Je tente de boire de l'eau, elle est gelée malgré le fait que la bouteille se trouve dans mon parka ! Je tente de manger un morceau de Snikers, idem... On peut dire que j'ai les cacahuètes gelées !
Je ne peux que très difficilement en extraire un peu de sucre, donc de calories, cela fait 2 semaines qu'une gingivite m'empêche de croquer dans tout aliment que ce soit, alors une barre de chocolat dure comme la pierre, c'est impensable. Il me reste les feuilles de coca. Je mastique ces herbes magiques, elle donne des calories, et permettent au corps de supporter des efforts soutenus.

Les mineurs Boliviens étaient forcés de travailler 48h sans pause ni alimentation, ils résistaient grâce aux propriétés spécifiques de la feuille de coca alors bon, un petit sommet de 6000 mètres, ça devrait passer tout seul ! Il arrive un moment où chaque pas est une véritable lutte. A chaque pas je peux m'effondrer de fatigue, de lassitude, les nerfs montent, envie d'arrêter cette idiotie, mais arrêter pour faire quoi, pour aller où ? Il faut continuer, pas d'autres alternatives. Le mental est le seul moyen de ne pas tomber de déraison. C'est dur, c'est très dur. Richard perd un de ses crampons dans un mur un peu raide. Cela nous permet une petite pause. Les deux guides montent et descendent la montagne en courant pour retrouver ce crampon, sans quoi, Richard ne peut continuer l'ascension. Les guides courent dans la nuit et le froid alors que pour nous, chaque pas est une lutte, c'est incroyable !

Des heures que nous marchons dans ce désert blanc et sombre. Nous ne voyons rien mais il n'y a pas de bruit non plus. Seul le rythme des crampons dans la neige nous accroche à quelque chose de vivant, scratch, scratch, scratch... Parfois le rythme change selon la pente, nous passons des crevasses, ça réveille un peu.

A un moment, je ne peux vraiment plus, je stoppe la cordée pour reprendre un peu de force, pendant que chacun s'hydrate ou mange quelque chose, je m'endors d'un coup. Je dors cinq minutes, je suis réveillé par la question de Jean-Charles, "Alors grand, ça va?", il ne s'est pas aperçu de mon sommeil qui ressemble plus à un évanouissement, à un processus de sécurité corporel.
Je me réveille d'un coup également, ça va mieux, je mange un peu de fruits secs, lutte contre l'envie très désagréable de les vomir. Nous voyons une lueur se perdre dans le ciel, le soleil se lève, nous ne sommes plus très loin, "une heure et vingt minutes nous dit l'un des guides avant le sommet, mais vous allez voir c'est le plus facile"... tu parles Charles ! Heureusement qu'il nous a dit ça, cela nous donne des forces, mais en guise de plus facile, il nous reste le plus dur, les pentes les plus raides, les murs de glace au dessus du vide et la dernière crête battue par le vent.

Cela n'en finit pas, plus haut, toujours plus haut, nous voyons se dessiner petit à petit la masse sombre du sommet, c'est encore loin, moins qu'il n'y parait finalement car la fin est vraiment à pic. Nous devons avoir recours à ce que l'on a appris, la position du piolet dans la glace, la position des crampons, la hauteur du corps, là c'est du sérieux, il ne s'agit pas de faire une erreur, toute l'énergie se concentre sur ces mouvements, chaque geste est pensé, pesé, toute la force se transmet aux cuisses pour se hisser jusqu'au nouveau point d'ancrage creusé dans la glace par le pied opposé.




L'énergie de transfert se ressent en élan de chaleur dans les fibres musculaires.
La main tape le mur réfléchissant bleuté, parfois le piolet s'accroche, parfois non, la glace est trop dense ou bien trop friable. Nous entendons des craquements sourds venus du tréfond de la montagne, le soleil est presque levé, la différence de température dilate les glaces et fait craquer les fondements. Voilà pourquoi nous escaladons de nuit, de jour les risques de fissures de la paroi sont trop importants.

Encore quelques mètres, nous voyons la lampe d'Angela, la demoiselle partie une heure avant nous arriver tout juste au sommet, nous y sommes, ça y est !






L'épuisement est total. Le soleil révèle la splendeur du paysage.
Les montagnes dialoguent avec le ciel en bulles de nuages cotonneux que nous surplombons.






Le ciel s'éclaircit doucement, l'ombre du mont Huyana Potosi forme un parfait triangle sur le lac Titikaka, je n'en crois pas mes yeux, en fait il est presque difficile de savourer tellement je suis fatigué.



Par bribes, je me rends compte de la majesté de l'environnement, nous sommes sur une pointe, il y a peu de place, tout autour, le vide. Nous prenons quelques photos, certains appareils ne fonctionnent pas, les batteries sont gelées.





Quelques minutes sur l'un des toits du monde, et puis il faut redescendre... redescendre, je n'y avais pas pensé ! Un autre calvaire commence. Nous devons redescendre maintenant jusqu'au refuge de base, 1200 mètres plus bas, par les à pics de glace, la neige, les roches, les chaos... Mon dieu sauvez-moi ! Donnez-moi des skis, une luge, des ailes, quelque chose, je ne peux pas descendre ça maintenant.



Cela fait 24h que je n'ai pas dormi, j'ai marché cette journée pendant sept heure et trente minutes, ai passé sept heures a claquer des dents, tout ça sans manger pratiquement, pour gravir 1200 mètres en luttant contre le froid, le sorroche... et maintenant quoi ? Il faut tout faire à l'inverse, maintenant ?
Et bien oui, et il n'y a pas d'autre alternative !

Nous descendons en cordée, je suis derrière Jean-Charles, je suis très lent, je n'en peux plus. Je pense au calvaire des esclaves forcés à travailler jusqu'à épuisement, je n'avais jamais ressenti physiquement ces limites. Cela fait relativiser des choses ou du moins connaître des sensations nouvelles.
Je termine la descente et ferme la marche du groupe. Je préfère prendre mon temps et ne pas bêtement me tordre une cheville ou glisser pour me casser un bras. Les terrains sont très glissants et avec la fatigue, la faute d'appui est possible à chaque pas.
Mes jambes se dérobent parfois sous mon poids additionné du sac de matériel. Le tout doit pesé dans les 100 kg. Je dois être très prudent. Le guide m'accompagne, très professionnellement dans ma descente quasi gériatrique.

Enfin arrivés au refuge de base.

On nous offre une soupe et de la viande et du riz, je boirai la soupe, je suis déshydraté, je sens que mon corps a besoin de tout mais j'ai du mal à accepter la nourriture, comme un blocage physique, petit à petit je bois un peu d'eau chaude, puis d'eau tempérée. Là il y a un couple de français qui s'apprêt à faire l'ascension, on plaisante un peu, je leur dit ironiquement que c'est super facile... ça va, j'ai toujours de l'humour, je ne suis pas mort ! Mes forces reviennent vite, très vite même, j'en suis surpris.

Voilà, j'ai gravi ma première montagne à plus de 6000 mètres, je suis content, surtout que ce soit fini, je crois que ce sera ma première et unique expérience de ce genre. Je suis content de l'avoir fait, ça n'a rien changé pour moi, peut-être juste renforcé l'idée que finalement je préfère me faire un coup de surf peinard, prendre le soleil sur une plage, boire une bière et faire un barbecue avec des potes, juste prendre le plaisir où il est, sans challenges inutiles. "Celui qui ne regarde pas au-delà de la montagne ne peut emprunter le chemin qui y mène", j'ai regardé au-delà en effet pour pouvoir la gravir cette montagne, ça marche, on peut tout faire avec la volonté. Je crois qu'avant de vouloir construire des montagnes ou de vouloir en déplacer, il est intéressant de simplement essayer d'en monter une, pour voir ! Je me suis aussi rendu compte d'une chose, physiquement, le souffle est la seule chose qui nous tient en vie. On peut se passer de nourriture, de boisson, de plaisir, de réflexion, de sommeil, mais on ne peut pas se passer du souffle. Le souffle c'est la vie, chaque inspiration est un cadeau.

Chaque inspiration était un pas dans la neige pour sortir de cette geôle de souffrance et de pénibilité. Le souffle est un espoir de chaque instant, un porteur de tout.
J'y penserai à chaque inspiration, tant que le souffle est là, tout est possible, tout !



lundi 13 juillet 2009

Parapente à Mendoza

La grenouille prend un peu de hauteur pour voir le monde depuis les airs !


samedi 4 juillet 2009

Alfajores, les gateaux magiques !

Voilà quelques semaines que je navigue en Argentine et je n'ai pas encore écrit au sujet des Alfajores.
Pour ceux qui ont un peu de mal avec l'accent espagnol, en phonétique ça peut donner à peu près un truc indicible.
Quel est donc le mystère qui se cache derrière ce mot déjà évocateur de douceur, de profondeur et d'invitation au voyage ?

Alfaroje

Que se cache-t-il dans la nappes de ce met, cet élixir magique qui, à tous les coups, fait briller les yeux des femmes et ne nécessite rien d'autre qu'une évocation pour immédiatement positionner un échange dans de bonnes conditions ?
Cette potion incroyablement efficace, digne des meilleures recettes du grimoire de Panoramix, oh, notre druide, est ce qu'on appelle ici le "Dulce de leche" ou littéralement douceur de lait. En fait il s'agit de confiture de lait, c'est-à-dire une réduction lente d'un mélange riche de lait et de sucre, cuit jusqu'à donner une pâte caramélisé savoureuse et onctueuse.
Ce dulche de leche n'est pas l'"Alfajor", mais l'Alfajor en contient le plus souvent.
L'Alfajor est un gâteau rond, de la taille d'un cookie, qui garde précieusement entre ses deux biscuits, craquants ou plus tendres, une mousse de chocolat, de café ou d'autres parfums, une caresse de dulce de leche, le tout, souvent enrobé de chocolat blanc ou noir.
Autant vous dire que pour les gourmands, ce petit plaisir devient vite un pêché mignon qu'il est sage de contenir un peu.
Ce qui est très étonnant dans ce pays d'ailleurs, c'est la taille, la silhouette des femmes. Il existe tellement de tentation et de nourriture grasse ou sucrée, qu'il est vraiment surprenant de voir 80% des femmes rester minces, à tout âge.
Il n'en est pas vraiment de même pour les hommes. On m'a dit ici que la "pansa" ou brioche, bedaine, abdos Kro, ou autre bide, est sexy chez les hommes de plus de trente ans !
C'est peut-être vrai car en effet, beaucoup arborent dette proéminence en figure de proue corporelle.
Pour en revenir à l'Alfajor, il est comme une promesse de douceur, réservant ses surprises de parfums, de textures, d'états, liquide, mousseux, solide, le tout dans une papillote de chocolat, comme écrin à un bijou quotidien.

vendredi 3 juillet 2009

Doux rêves

Ce matin j'ai appris la mort d'un ami.

Voilà comme ça, pour rien, sans raison, il n'est plus.
Je pense à ceux pour qui il était très proche, je pense à mes amis, loin, que j'aimerais pouvoir soutenir de ma présence, un peu.
Sans doute cet événement, en plus de la perte de l'être, nous rapproche-t-il chacun un peu plus près, un peu trop près de notre finitude.




Je n'ose pas imaginer la douleur de la famille, de ses amis d'enfance, des personnes dont je sais qu'il a partagé toute sa vie ou presque.
J'y ai pensé aujourd'hui, beaucoup, chaque respiration devient un cadeau encore plus précieux lorsqu'on est mis devant l'évidence que l'on connaît tous pourtant : Passer de vie à trépas peut se faire à n'importe quel moment.
Chaque seconde de cette vie est d'une richesse que l'on n'imagine pas, chaque instant est perdu si on ne le savoure pas.
Je pense que je vais emporter dans mon sac les quelques moments partagés avec lui, à discuter de tout, de rien, de la vie, de la mort, à refaire le monde à cinq heures du matin en mangeant un saucisson pas très bon, mais juste symbole d'un partage et d'une envie d'être ensemble. Tu te souviens, la dernière fois, la toute dernière de toutes les fois.
Je verserai quelques mots à l'oreille du vent, quelques pensées sur la cime des volcans, quelques souffles à Valparaiso, des sentiments confus peut-être sur le Macchu Piccu, ou bien encore juste certainement, je respirerai chaque bouffée de cet air enivrant pour me souvenir toujours de la chance d'être encore vivant.
Je pense à vous mes amis, je vous embrasse et me tords de vous savoir si mal.
Demain la terre reprendra son enfant, dans son corps chaud, son enveloppe protectrice.
Dors bien Monsieur et que tes rêves soulèvent les temps pour te revoir un jour riant.

jeudi 2 juillet 2009

Buenos Aires, derniers jours

J'ai passé un peu de temps à prendre du temps.
Je reste à Buenos Aires jusqu'à demain soir sans doute. Je vais alors prendre un car en direction de Mendoza, avant de continuer cap à l'ouest vers Santiago du Chili.
Le Chili est parait-il "increible", avec ses plages, Valparaiso, ses stations de skis à une heure de route de la plage ! Vamos a ver esto !
Je suis super content de bouger vers de nouveaux paysages.
Suite à cela, selon mon programme du jour, qui vous le savez change tout le temps, je prévois de revenir en Argentine, faire le tour nord, dans la région de Salta, remonter jusqu'en Bolivie, les lacs salés et continuer encore jusqu'au Pérou pour aller voir ce lieux mythique qu'est le Macchu Piccu. C'est un rêve de gosse.
J'ai toujours été très attiré par les sagesses millénaires et je me souviens de mes livres de mômes sur les sagesses d'Amérique centrale et d'Amérique du sud.
Je vis un rêve. Chaque jour est un cadeau.




Je reste encore une journée de plus à Buenos Aires pour faire ce que j'ai à y faire.
Hier, je dînais avec Ryan, un américain dans un restau de parilla (grillades) et en entamant la conversation avec le chef, il a commencé à me raconter l'histoire de sa famille.
Son grand-père est français... Je dois donc le voir demain pour tourner, rencontrer sa maman également.
J'adore. Mon travail est vraiment hyper intéressant, il consiste à sortir, parler avec des gens, rire, partager et enregistrer cela pour ensuite encore m'émerveiller des richesses des gens !
Pour le moment, je vais faire du sport, 1h30 par jour tous les matins, essentiel pour rester en forme et pour que mon corps puisse rester opérationnel avec autant de viande savoureuse, de bière et d'alfajore de chocolate !!!!
Je préfère tourner ce que je peux ici tant que j'y suis. Je crois que j'ai beaucoup aimé Buenos Aires et que je vais adorer le reste. J'y reviendrai, je ne sais pas quand. Je pense que je pars pour un bon mois dans ce petit périple nordique. C'est déjà presque pénible de quitter certaines connaissances qui deviennent des amis, mais c'est ainsi que les choses évoluent, en bougeant, en étant dynamiques, toujours.

De retour à la maison

Voilà, je suis de nouveau à Buenos Aires.
J'apprécie beaucoup de revenir, j'aime cette ville, l'atmosphère, elle a une âme particulière. Entre douceur de vivre et sursit, entre inspiration et souffle, elle est pareille au Tango, elle palpite, tremble et rougit parfois, elle se tord, timide pour ensuite se cambrer de sensualité.

Beaucoup d'occidentaux se sentent comme chez à Buenos Aires, comme chez eux, parfois mieux que le vrai chez eux. D'où cela peut-il bien venir ?
Buenos Aires est un comptoir Européen qui a créé sa propre identité à partir des vagues de migrations successives. D'aucun diront que c'est une identité qui n'en est pas une...
Je m'explique : En Argentine, le besoin de fédération est très fort dans un pays construit à partir de rien, ou plutôt à partir du génocide des natifs, tous exterminés. L'Argentine est un territoire énorme où les identités sont nombreuses et variées. Le drapeau Argentin est le signe de ralliement de ces populations (avec le foot et la parillada), toutes descendantes d'Européens ou d'Andins.
L'Argentine s'est construite grâce au désir d'indépendance des premiers Argentins nés sur le sol Américain, tous descendants d'Européens. Ils ont voulu créé leur pays, indépendant du pouvoir Espagnol, jusqu'alors dirigeant des territoires d'Amérique du Sud.
Ainsi, l'histoire de ce pays est très courte, l'indépendance officieuse datant du 25 mai 1810, l'officielle du 9 juillet 1916 signée à Tucuman.
Les Argentins ont tendance à dire qu'ils n'ont pas d'histoire, ni de réelle culture à part le foot !
Mon analyse est toute autre.
Les Argentins portent les valeurs de la vieille Europe dans un inconscient collectif très fort.
En Europe, l'individualisme a gagné du terrain, nous nous déshumanisons depuis la révolution industrielle jusqu'à devenir des machines de travail.
En Argentine, ceci ne se produit pas de la même façon, je crois même que si tant d'Européens se sentent si bien ici, c'est parce qu'ils (re)trouvent une Europe perdue par leur aïeux mais dont l'idée Platonicienne coule encore dans leurs veines.
Ici tout est possible, Buenos Aires est un théâtre de mille représentations, à chacun de se faire son scénario, loin d'une vision très standardisée, trop standardisée.


Séjourner en Argentine, c'est faire un voyage dans le temps, retourner à des sources simples de convivialités, de dureté aussi de la vie, de réalisme d'un certain sens qui réveille en l'homme son côté plus naturel et animal parfois. Que cela est bon de se sentir délesté d'un poids, d'une peau lourde de "surhominisation" falsifiée par la course au progrès.

Le vrai progrès est peut-être dans la retenue !

Je reviens à la maison donc, à la "casa Jardin", le petit hôtel-auberge que j'ai eu le nez de choisir et dieu sait si je l'ai long, le nez ! C'est un endroit charmant, avec une superbe terrasse ensoleillée, la cuisine à disposition et des gens de partout dans les chambres.
On est là pour se reposer, ce n'est pas un espace de fêtards de vingt ans, on y trouve plutôt des couples ou des gens qui cherchent un échange simple et authentique, sans surenchères. Cela me correspond parfaitement. Il y a, au plus, une quinzaine de personnes - en ce moment c'est la basse saison - je me retrouve donc seul dans le dortoir "dormitorio" de quatre lits. Il y a une petite guitare, des douches super chaudes, l'accès web, en gros je suis comme chez moi, vraiment, en plein cœur d'un des plus beaux quartiers de Buenos Aires, le fameux Palermo de Borges.

J'y ai mes marques. Aujourd'hui c'est Fernando qui est à l'accueil, ils sont quatre personnes à se relayer, tous aussi sympathiques les uns que les autres. Je me sens finalement comme dans notre maison de famille en Espagne, malheureusement sans mes cousins ni frères ni parents, oncles et tantes. Je me sens bien; me sens moi-même en respectant les autres et en savourant le respect de retour.




Je voulais faire une séance de photos dans la rue demain avec Guada, une idée de projet en plus traitant de portraits particuliers de gens dans la rue justement, je vous en parlerai bientôt. Mais ladite Guada n'est pas disponible et j'ai besoin d'une assistante, donc je ferai ça à mon prochain passage à Buenos Aires, à moins que je trouve quelqu'un d'un peu tapé et partant pour tout faire ce week-end. Qui sait ?




Aujourd'hui j'ai donc passé un peu de temps à discuter avec des New-Yorkais, des italiens, tout en me faisant ce que j'aime, des émincés de poulet revenus dans l'huile d'olive (prêtée par les italiens) et sauce soja, tout ceci juste grillé ce qu'il faut et accompagnés d'épinard en branches avec du gros sel ! Avec un petit verre de Cabernet-sauvignon, si c'est pas le paradis, on en est très proche !

Un garçon avec qui j'avais partagé le dortoir l'autre fois à Buenos Aires est repassé chercher une de ses amies américaines, ça m'a fait plaisir de le revoir, il vient d'Afrique du sud et vit en Australie pour la majeure partie de l'année. Il parle donc le deutch (hollandais) et l'anglais et l'espagnol, avec un peu d'italien.


Toutes ces rencontres construisent mon quotidien ici, et je me rends compte en l'écrivant à quel point c'est riche. Riche parce que les gens que l'on rencontre sont bien souvent des gens curieux, ouverts, pas toujours bien sûr, mais assez souvent quand même. Cela permet d'apprendre des tas de choses, de revoir des à-priori, de partager des points de vue.
Je commence à être de plus en plus à l'aise avec l'espagnol et l'anglais, car finalement je parle les deux langues tous les jours, l'espagnol la journée et l'anglais bien souvent le soir en sortie. L'anglais reste plus universel que l'espagnol, même ici en Argentine. Quand vous sortez avec des Danois, Hollandais, Américains, Anglais, Belges, Allemands, Italiens, tout ça en même temps, en général on parle tous anglais, c'est plus simple !

Je suis allé également deux fois au cinéma avec mon ami Alejandro et son père, c'est génial pour les langues, un film en anglais sous-titré en espagnol.

Demain je récupère mes cartes de visite "primos en el confin del mondo" et j'ai une soirée de prévue avec Léo, je retournerai bien à la Milonga, ça m'avait vraiment plu. En attendant, je mange un Alfajore, je vous expliquerai très bientôt ce qu'est cette petite merveille. Deux indices : chocolat et dulce de leche ! Ca tue !

Je peux en manger serein, je commence à flotter dans mon treillis dans lequel il y a 6 mois je ne passais qu'une jambe. je découvre que j'ai des muscles à des endroits que je ne soupçonnais pas. ;-)

Il faudra que j'en cause à Gildas, c'est bizarre tout ça, je suis pas habitué moi !...

mercredi 1 juillet 2009

Buenos aires, premier contact


Il pleut, il fait un froid encore timide, mais on sent qu'il a bien envie de s'exprimer dans les semaines qui arrivent, le froid !

Ici c'est le début de l'hiver.

Demain, du soleil viendra faire monter le mercure jusque dans les 15°c.

La première chose qui interpelle, c'est la gentillesse des gens. C'est vraiment très agréable, on se parle simplement, facilement, en rigolant.

Les taxis sont très cools. J'ai un peu l'impression de me trouver à Barcelone pour l'ambiance, les avenues...

Barcelone mais sans les catalans ! Je viens d'arriver, il est ici 5 heures de plus qu'en France. J'ai un peu faim, je vais aller me restaurer, premier plat argentin, et ensuite aller voir la mer !  Enfin le fleuve !

Je me trouve dans le quartier de Palermo viejo, bien placé et agréable. Me voy !

Impressions d'Heathrow, aéroport de Londres

Simplement à demi allongé sur un sofa en cuir rouge, au milieu de l'aéroport d'Heathrow, à Londres, je savoure l'instant.
L'agora qui s'offre sous mes yeux, enfin plutôt au-dessus, me régale de spectacles fabuleux :
Le premier : une femme qui ne cesse de lâcher ses sacs pour courir après sa petite fille, qui elle, s'amuse à piquer des sprints, tête rentrée dans les épaules. Elle doit avoir deux ans et elle s'amuse à faire courir sa mère après elle. Aujourd'hui c'est sa maman, plus tard, ce seront les garçons, son futur mari, les huissiers peut-être, les impôts c'est sûr, les jours de chagrin, qui, on lui souhaite ne l'a rattraperont que rarement, jusqu'à ce que la dame en noir vienne lui toucher l'épaule pour lui dire simplement dans presque cent années : "C'est terminé, il faut rentrer maintenant et quitter ce corps qui est déjà mort." Oui, c'est aussi rapide que cela !
Le deuxième spectacle, lui est plus trivial et très agréable, composé simplement de jambes. C'est une sorte de symphonie pour esthète du mollet, du talon haut et de la démarche altière, parfumée autant que fière. Un ravissement.
Le troisième spectacle naît en même temps que l'arrivée dans mes écouteurs d'une autre symphonie, celle de Mozart, la 25e en do mineur. Et là, l'espace architectural virevolte au son des violons, les IPN posent les basses, les traverses ponctuent les solos de bandeaux de lumière donnant sur un ciel ensoleillé.
L'avion dans lequel j'aurai l'exclusivité de m'assœir durant 16 heures, décollera dans 120 minutes, autant qu'il reste de batteries à mon fidèle macbook blanc auquel j'ai ajouté une jolie robe rouge. Ça lui donne un air suisse, pays dans lequel j'aurais pu être en train de commencer une vie différente si je n'en avais pas décidé autrement. J'aime ces surprises et les clins d'œil me font sourire. Les chemins, les croisées, les choix à faire, en toute conscience forment aujourd'hui comme un jeu. Il n'en a pas toujours été ainsi.
Quel bonheur de voyager seul !
Je me demande si ce n'est pas une des clés : Apprendre à voyager seul. La vie n'est-elle pas un voyage, où l'on s'évertue à s'accompagner à tout prix de personnes pour éviter de s'accompagner soi-même ?
Et la petite fille repart dans une course éffrénée, tête baissée, l'air malicieux et insouciant...
Simplement à demi allongé sur un sofa en cuir rouge, au milieu de l'aéroport d'Heathrow, à Londres, je savoure l'instant.

Nantes, je te quitte

Tango, Bandonéon qui sonne, tanguent mes souvenirs en errance.
Quelques jours avant un départ grisant pour un pays déjà fascinant, tout semble prendre des parfums d'hier, odeurs qui nous transportent lorsqu'on les sent, loin : Parfum d'une femme aimée il y a longtemps ; Caresse du nez de l'herbe coupée nous replongeant dans les dimanches d'enfance de printemps ; Fumet de bosquets humides le long des berges de Loire ; Vent chargé de quelques embruns transportés depuis l'estuaire, si proche, ouvert vers le lointain.




Je chemine calmement sur mon histoire, pas à pas, rythmant les idées qui se bousculent dans une tête couverte d'un béret bien franchouillard, il fait encore frais dans nos contrées ligériennes. Le printemps guette, tapi derrière les nuages de l'hiver qui, installés, ne daignent pas laisser leur place à une nappe bleue de ciel sur des pique-niques attendus et tant aimés.
Un chien léger, fier et humide porte en sa gueule une branche d'arbre et trottine vers son maître.
Le temps s'écoule sur les péniches amarrées. Quels mystères portent ces coques hollandaises ? Quels secrets ont vu naître ces safrans ? Quelles mains les ont caressés ? Des mains calleuses, des mains de petites filles si contentes de tenir la barre du bateau de la famille...
Nantes, la belle Venise de l'ouest, port de chimères supportant les flots des fantasmes les plus fous et des réalités les plus sordides, Nantes ville de mon enfance heureuse, de mon adolescence chevelue, d'affres profonds et de bonheurs indicibles, Nantes je te quitte un temps pour mieux te revenir.



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Formateur et conseil en communication sur mesure. En savoir plus sur mon profil pro Facebook : Stéphane lemaire Leonard Interventions en entreprises et en écoles de commerce : Médias, communication, marketing et rédaction publicitaire, management, accompagnement à l'équilibre des systèmes, communication interpersonnelle et culture générale. Co-fondateur, associé et dirigeant du "Cabinet de curiosité" (Groupe de communication) jusqu'à fin 2008. Féru d'art (Master de l'école des Beaux Arts) et d'histoire (études d'agrégation) ; Passionné d'arts martiaux "d'accompagnement" (Aïkido, Capoeira). Un très fort intérêt pour les croyances et cultes ainsi que les sciences. Diplômé de l'école de massage Thaïlandais de Chiang Maï. Pratique de l'hypnose et auto-hypnose comme outils de reprogrammation mentale. Auteur, je suis également chroniqueur culturel pour "mon œil" de TéléNantes et rédacteur sur suite101.fr Je me consacre également à la conception de programmes culturels trans-médias. Interventions en français, anglais, espagnol, portugais (du Brésil).