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dimanche 9 mai 2010

Des images et des sons

Je viens de revoir complètement mon système d'édition.
Les images et vidéos seront centralisées sur Flickr et pourront être distribuées sur les différents blogs en fonction des tags attribués ! Voici un petit aperçu de choses que vous n'avez encore jamais vues !

Contenus de précédents projets :

"Voyage en terre des hommes" - Edition multimédia


"Des cousins au bout du monde" : Témoignages d'enfants d'émigrés
Projet trans-média en cours de re-écriture
http://www.cousins-au-bout-du-monde.fr/



samedi 27 mars 2010

Capoeira, batizado ou baptême

Ce matin je me suis réveillé comme pour une renaissance, un hommage à ce que je suis, insignifiant au monde et si content d'y exister.



Aujourd'hui est le jour du batizado, cérémonie décontractée où les joueurs de Capoeira reçoivent leurs cordes d'évolution et où les débutants naissent à la Capoeira, recevant un nouveau nom, qui les suivra toute leur vie. Ce nom est souvent en rapport avec une caractéristique physique, une manière de bouger, un comportement, une attitude.
Depuis deux jours, tous les membres nantais du groupe de Capoeira Jacobina Arte se réunissent pour des stages dirigés par les mestres sous la coupe du fondateur mestre Pit Bull. Le groupe est aujourd'hui international et Nantes reçoit, grâce à l'association ACCB de Capoeira et culture Brésilienne du contre mestre parafuso et de graduada Nega, des mestres du Brésil bien sûr et aussi de Grèce, d'Espagne, de Hongrie...
Ces deux jours furent "sportifs", dans le sens où les entraînements sont très intenses physiquement et où les mestres nous poussent aux limites. Ils furent pour moi sportifs et uniquement, je n'étais pas en conditions pour voir les choses d'une autre manière.
Aujourd'hui c'est tout à fait différent.
Je suis entré en Capoeira ce matin, écoutant des musiques qui me touchent, qui m'éveillent aussi bien l'esprit que le corps. Des musiques qui parlent de l'essentiel, de la transmission des choses, d'humanité, d'amour et de foi.
Alors je suis entré dans un mode cérémonial, j'ai pris le temps de jouir de ces moments, de laisser la place au vide qui permettra à mon corps de se mouvoir et à mon esprit de ne pas se fixer.  Je me laisse traverser par des émotions, des souvenirs, je sens Stefani me sourire, elle serait si fière, si heureuse je crois, je pense à Vanessa qui aurait tant voulu être là.
Je pense à ma chère marraine, morte avant-hier...
Je prépare mon corps, l'étire doucement, je rase mon crâne consciencieusement comme pour entrer dans un nouveau monde.
Je ne sais pourquoi je ressens tout cela, cela peut paraître ridicule en ce monde des nouvelles technologies ou les choses importantes deviennent superflues et inversement, mais je me sens comme un novice qui accepte de partager des valeurs, une façon de voir la vie, de la goûter.
Je suis tellement en phase avec ce que disent les maîtres. La couleur de la corde n'est rien si celui qui la porte n'est pas assidu, on n'est quelqu'un que par ce que l'on fait, pas par ce que l'on a fait, on ne vit ni avant, ni après, on vit maintenant.
Alors pourquoi ne pas exulter, pourquoi ne pas rentrer dans cette danse de la vie au rythme des tambours et berimbau, pourquoi rester sur une réserve qui est une anti-chambre de la vie, que l'on confond parfois avec le calme.
Je tire le bois de mon instrument afin de bander la corde de métal qui le fera sonner. Je dépose dans la cannebasse une graine de Graviola, un symbole pour moi, le nom que je donnais à mon défunt amour. Je jouerai du mieux que je peux, j'oublierai mes ampoules, le sang de mes orteils, je rentrerai dans la vibration pour comprendre cet art merveilleux pour savourer chaque inspiration, sentir chaque goutte de sueur ruisseler de ma tête jusqu'au torse. Je vivrai simplement les choses comme je le peux, avec cet amour que je porte envers tous ceux que j'ai croisé, tous ceux que j'ai pû embrasser, à qui j'ai pû sourire. Je serai heureux de sentir mes muscles saturer, de tenter de passer outre la douleur qui me barre le dos, je me sentirai honoré d'avoir ces privilèges.
Je suis prêt. Tout ceci est très personnel, c'est pour moi un parcours spirituel, d'autres le prennent comme un loisir, d'autres encore comme un art martial, tout ceci sous des sourires francs et généreux.
Je prépare mon sac consciencieusement, comme un taurero lisse ses cheveux sous la coiffe, je prends garde aux textures des objets, mes sens sont en éveil comme jamais. Je pars comme chaque jour pour une nouvelle aventure, chaque seconde change notre vie et nous amène vers un demain imprévisible.
PS : Mon nom à moi sera "vagamundo", une contraction des mots "vagabundo" = vagabond et "mundo" = monde...

mardi 23 février 2010

Salvador de Bahia

A Salvador de Bahia, l'influence des cultures Africaines est forte, très forte.
Le quartier de Pelourinho par exemple est un mélange incroyable d'architecture coloniale et de croyances afros, de modes de vie métissés.
Il existe à Salavador (de Bahia) une église pour chaque jour de l'année ou presque, on en dénombre 360.
Les maisons du quartier piéton de Pelourinho sont toutes peintes de couleurs vives, jaune, vert, bleu... Fruits architecturaux récemment remis en état par des subventions pour sortir le quartier de sa déliquescence, on y trouve des boutiques de souvenirs, des peintres Bahiens, des artistes plasticiens se promenant, pour l'un d'eux, en armure, tel un fantôme masqué, le long des rues gorgées de gringos mais aussi d'enfants, de jeunes vendeurs, de femmes élégantes vêtues de costumes traditionnels et de petits voleurs, arnaqueurs en tous genres.
Des groupes de Capoeira jouent souvent sur la place Da sé, des sculptures vivantes sont également présentes, un peu comme dans tout lieu touristique.
L'ambiance est un peu tendue mais agréable en même temps.
Il y a toujours de la musique, partout, de jour comme de nuit, des gens marchent en dansant, en chantant les tubes brésiliens du moment (pagode) où les classiques de samba. La musique Brésilienne est très riche car très mixée, elle combine des rythmes venus d'un peu partout.
Il faut faire attention quand la nuit tombe, le quartier devient dangereux, vraiment dangereux si l'on n'a pas de chance, assassinats courants parait-il, les vols sont quotidiens bien entendu. Ceci dit, si l'on reste avec des locaux et que l'on est un peu prudent, que l'on évite les gens trop saouls et que l'on ne se balade pas dans des rues sombres, tout va bien et le quartier est des plus agréables.
J'aime pour ma part, ce bordel incroyable, voir de toute sorte de personnes créer un monde de mixité ethnique, sociale, culturelle.
Les Bahiens sont des personnes hyper ouvertes, d'une sympathie immédiate et époustouflante.
Les échanges se font toujours avec des sourires, des mots gentils, des échanges de compliments. Les Bahiens sont aussi des gens très curieux, ils posent beaucoup de questions, relancent toujours les conversations et se soucient des autres. Je trouve ici une sorte de vie sociale "normale", un endroit où les gens sont heureux de vivre ensemble, malgré les difficultés.
Il y a une sorte d'équilibre des forces, de bienveillance divine, une sorte de spiritualité partagée qui donne à cette ville la même magie que Cusco au Pérou.
Le Brésil est un pays où l'éducation est développée, ainsi on peut parler de tout avec les personnes que l'on rencontre en ville.
Le Brésil... en fait il en existe plusieurs, trois ou quatre... le sud et Sao Paolo, Rio, Bahia et le nord est. Plus l'on monte vers le nord, plus les populations sont ancrées dans une culture Africaine. L'illettrisme est encore très présent, suivant l'endroit où l'on se trouve.
Il vaut mieux ici comprendre le Portugais et le parler, au moins de façon sommaire, car peu de Brésiliens parlent une autre langue.
J'aime pour ma part la musique de ce parlé chanté toujours accompagné de mouvements corporels accentués, chose qui facilite beaucoup la compréhension, si ce n'est des mots, toujours des situations.

Les métissages créent, non pas une uniformisation mais bel et bien des caractères physiques incroyables.
Ainsi il n'est pas rare de croiser des personnes noires avec des yeux verts, des métisses aux yeux jaunes miel, des corps d'athlètes africains à la couleur simplement halée, des femmes jaunes (héritage de mélange africano-européen) aux yeux châtaignes presque noirs.
Des frères et sœurs peuvent être de couleurs différentes, c'est courant ici, très improbable en Europe.
Les femmes portent leurs corps en église, elles le respectent et le mettent en valeur. Ainsi, même une femme au corps considéré par le dictat des magazines comme étant gros, devient ici un corps comme les autres avec des particularités à mettre en valeur.
Les femmes se sentent bien, elles mangent bien, dansent beaucoup et ont une manière de se déplacer, de se mouvoir, associée à une confiance saine, qui les rend belles simplement. Toutes sont musclées et ont un rapport au sol équilibré, les hommes aussi, mais j'avoue moins les regarder.

Les plages sont des espaces magiques pour moi ici car elles offrent l'océan et la chaleur. On peut donc se baigner dans une eau à 28° ou plus en jouant dans les vagues et en attendant la prochaine marée, découvrant les huîtres sauvages, les algues odorantes et les rochers affleurants.
Ceci en sirotant une bière "estupidamente gelada", littéralement "stupidement gelée", que les brésiliens consomme par caisses entières. Il n'est pas rare de voir 10 bouteilles de bière d'un litre sur une table après une journée de plage... pour trois personnes.
Cela parait incroyable, mais ici, par exemple je bois personnellement au moins 4,5 litres de liquide pour être bien par jour (sans grande activité physique, sinon c'est le double), beaucoup d'eau de coco, qui hydrate très bien. La chaleur est forte. Si l'absorption de liquide est suffisante, aucun soucis de maux de tête ni de gêne quelconque, pas de fatigue ni quoi que ce soit, il faut juste "mettre à niveau" son organisme pour que la machine fonctionne en rapport avec l'environnement.

La vie ici semble simple, elle est différente. Des essentiels ont été conservés, la chaleur humaine et les paysages rendent vraiment les gens heureux, la complexité est ensuite d'ordre pécunière, la vie au Brésil est chère, parfois au même niveau qu'en France si on exclue l'immobilier et le système D spécifique, alors que le salaire moyen mensuel brut au Brésil est de 1.113 BRL (573 USD), soit la valeur du RMI en France...
Les gens n'ont pas d'argent et il en faut beaucoup pour atteindre un niveau matériel européen.
Les valeurs sont donc placées ailleurs.
Le pays souffre aussi de beaucoup de corruption, d'une lenteur administrative incroyable, d'un taux d'imposition très élevé.

Pour oublier tout ça, il y a la bonne humeur, la chaleur, la facilité des contacts, les fêtes sur les plages où l'on danse jusqu'à l'aube le week-end, les parties de foot alors que le ciel devient pourpre et la douce humidité du soir qui nimbe les corps du fantôme de la journée.
Cet endroit est splendide comme la mer,  mystérieux, imprévisible, beau, calme et contradictoire.

jeudi 18 février 2010

Impressions de carnaval

A Rio de Janeiro, le soir sur la plage, quand le soleil passe derrière la colline du Pao de Azucar, tous les hommes se lèvent pour se tourner vers l'astre qui les a chauffé toute la journée.
Les applaudissements et les hourras, les cris d'hommage emplissent le ciel qui rougeoie d'humilité. C'est beau simple et essentiel.



Ensuite, la nuit prend les esprits dans ses bras et les emporte vers les fêtes, les rires et les danses.
Les tambours grondent et fracassent, ils rythment et accentuent, fond tourner les têtes et les cœurs. Les danseurs jubilent sourient en tournant, en dansant des sambas belles, joyeuses et magnifiques. Les corps se rapprochent, les âmes se lient dans un grand tout dédié au bonheur d'être ici et maintenant, le reste s'envole avec les fumées des brochettes.
Par ici un groupe de capoeiristes joue, le niveau est très élevé, des acrobaties incroyables (saut à plus de deux mètres d'altitude) alternent avec l'invitation à qui veut jouer de rentrer dans la ronde.


Là, des couples s'enlacent, ici une équipe de football travestie se chamaille gentiment pour savoir qui de Pelé, Maradona ou Zizou est le meilleur joueur du monde, tout en arrêtant les passants juste pour parler, échanger et rire.
Sur la pointe d'Ipanema, des pêcheurs pêchent au filet, les enfants se pressent à chaque remontée pour récupérer des sardines données de bon cœur par les hommes à ceux qui veulent. Les cris de surprise, l'analyse d'un poisson par un gamin est toujours aussi touchante, on le sent, on le regarde, on touche ses écailles, avant de le mettre délicatement dans un sac, comme pour ne pas le blesser.



Des jeunes femmes discutent devant ce spectacle, .
Les sons des "Blocos", des chars, des bandes, parviennent sur les fréquences sonores suffisamment puissantes, les basses, quelques pics de médiums.
La nuit se pose comme un libellule sur une terre chaude, elle approche, se pose et continue à battre des ailes jusqu'à s'installer pour un temps, parfois au-delà du lever du jour.

Jours de carnaval

Vers 17h, la Banda de Ipanema commence son tour.
Nous sommes sur la plage du même nom lorsque nous entendons les clameurs s'élever.
L'adrénaline croit petit à petit durant la journée.



Vers 16h, un véritable concert de percussions a inondé la plage d'Ipanema, en face du poste de sauvetage N°9. Il parait que c'est là, entre les postes 9 et 10 que l'environnement est le meilleur, beaucoup de jeunes, de jolies filles. Un peu avant c'est le plage gay, vers le poste 8. On ne peut pas se tromper. Les types qui sont là ne doivent sortir de la salle de sport que pour bronzer, il y a un taux de testostérone incroyable.
Le concert vient en fait d'un appartement situé au 5e étage d'un immeuble donnant sur la plage. Le son se diffuse très bien, c'est vraiment impressionnant. C'est un batucada qui joue, des filles dansent sur le balcon alors que l'on peut deviner un bar à l'intérieur de l'appartement.
Les chanceux de la private party saluent la foule des baigneurs qui leur rendent d'un geste pendulaire du bras.
Le soleil tape un peu moins fort aujourd'hui, il y a un léger voile nuageux qui rend très agréable la promenade le long de l'océan.
Je prends l'habitude de manger du queijo, brochette de fromage grillée dans un petit poil à charbon portable. C'est très bon et typique d'ici.
Les gens sont toujours aussi aimables, sympathiques et simples.



Le carnaval de rue est vraiment puissant en énergie. Il y a de tout dans les rues, les brésiliens et étrangers sont là pour s'amuser, danser, chanter, je remarque peu de gens ivres, c'est une fête très bon enfant, vraiment agréable.
Les guides touristiques (routard etc.) nous rebattent les oreilles au sujet de la dangerosité de Rio, c'est faux, tout simplement. C'est une ville calme à ce niveau là, charmante. On se sent bien partout.
C'est évidemment aussi une question d'attitude. Certaines personnes pourraient même se faire agresser par des moines dans une retraite spirituelle tellement ils manquent de sens commun et d'intelligence de cœur. Bien entendu, le feu aux poudres est vite allumé, comme partout si l'on manque de respect aux gens, si on les juge et les considère selon ses propres critères, trop souvent et immanquablement perturbés par nos filtres culturels.
Un exemple concret : Nous dansons lors d'une fête improvisée sur la plage, il y a du bon son, des filles splendides, de la boisson agréable, une ambiance super. Les hommes Brésiliens sont très directs avec les femmes. Ils abordent facilement, touchent les fesses, tout cela n'est pas forcément du manque de respect, c'est presque de la flatterie. Les femmes répondent souvent en remerciant et en montrant leurs envies, dans un sens ou un autre. Tout ce ci est finalement très simple, spontané et presque courtois dans un sens.
Ce qui n'est pas courtois, c'est de photographier une fille en n'ayant dans son viseur que sa "Bunda", ses fesses. OUi ici les femmes ont de très jolies fesses, très souvent, parce que la danse est dans la coutume, parce qu'elles sont musclées et parce qu'elles assument leur anatomie. Ce qui rend toute personne attractive, est l'amour qu'elle se porte à elle-même.
Les gens ici fonctionnent très peu sur la peur, il faut un peu de temps pour le comprendre et commencer à fonctionner ainsi.



La peur amène la peur, le manque de respect le manque de respect et le danger le danger.
Ce que les guides ne vous expliquent pas, c'est avant tout de ne pas venir avec ses peurs et ses à prioris, car c'est très souvent cela qui crée la situation de conflit.
Le touriste amène finalement la convoitise, le danger, l'intolérance et la violence, qu'ensuite il dénonce en montrant l'autre du doigt. Quelle honte !
Bien sûr, il peut arriver de se faire piquer son sac, comme partout mais je ne parle pas de cela.

Je continue un peu sur ce sujet suite à une rencontre forte.
Déambulation sur Copacabana et rencontre d'un jeune couple. Lui, brésilien, ce qu'on appelle une bonne tête, les yeux rieurs, une bonté naturelle. Elle, est française, blonde, serrée, le genre de décontraction crispée par la culture, comme une fleur ouverte grâce à des écarteurs qui revient bien vite à sa position initiale...
Ils ont une vingtaine d'année, un peu plus.
Nous discutons un peu, cela fait 2 mois qu'elle est là.
Elle commence à critiquer le pays, elle se fait toucher les fesses tout le temps dit-elle, elle ne supporte pas de voir toutes ces filles en mini-short (elle-même en porte un), si près de son chéri, qu'elle souhaite ramener en France comme un trophée, une bête exotique (ça c'est moi qui le dit, pas elle !).
Lui, essaye de la convaincre que le Brésil, c'est chez lui, qu'il aime, qu'il se sent bien. Il souhaite étudier en France, étudier et revenir. La langue lui plaît, le chic des attitudes, la culture aussi.
Alors elle explique que c'est comme ça, qu'ils iront en France dans quelques semaines, il trouvera du travail, va s'inscrire à l'université en septembre et devra oublier le Brésil pour au moins vingt années, le temps d'avoir assez d'argent pour investir à Rio peut-être...
Imaginez le tournant que va prendre la vie de ce jeune homme. Paris, la grisaille, de beaux émerveillements culturels certes, mais une femme castratrice et possessive, une environnement de travail difficile, le racisme, et le manque... le manque de soleil, le manque de joie, le manque des autres.
Aujourd'hui j'ai rencontré un homme qui peut-être va se perdre dans les méandres des chimères occidentales portées par de fraîches veuves noires, incapables de comprendre la complexité de la situation par ethnocentrisme exacerbé.
Je connais cette situation, j'ai moi-même été de ces sauveurs occidentaux croyant offrir une liberté quand bien même elle se situe dans un enfer que nous ne voyons même plus.
Bien entendu ce n'est pas tout. La France offre des tas de choses merveilleuses, mais quand on parle d'essentiel, qui est une chose personnelle à chacun, je crois qu'on n'a pas le droit, par "amour", d'éteindre la lumière dans les yeux de quelqu'un, en essayant de remplacer son essentiel à lui par le nôtre.
C'est l'histoire d'un oiseau qui se prend d'amour pour un vers de terre... l'oiseau suivra le vers, se brisera les ailles pour entrer dans la terre et cherchera par tous les moyens l'air, les paysages et la liberté qu'il aimait tant. Il reste libre, sous terre, espace de liberté des vers...

samedi 13 février 2010

Rio,

j'arrive à Rio par Sao Paulo, la côte vue d'avion est absolument magnifique, je peux voir Ila Grande, une île paradisiaque parait-il, Bara de Tijuca une langue de sable impressionnante où se tient entre autre, une ancienne forteresse et la résidence du président Lula.
La sortie de l'aéroport est suffoquante, comme chaque fois, dans un pays tropical, la différence entre l'intérieur climatisé et l'extérieur brûlant et humide est sensationnelle. J'aime ce ressenti physique de bienvenue.

Il fait 37° à Rio. Un bus pour Copacabana et je retrouve mon ami Alejandro, rencontré à Buenos Aires, dans l'appartement que nous avons loué pour l'occasion.
Après quelques heures de voyage, dix-sept en tout, je serai content de me poser allongé sur la plage.
Nous cheminons quelques centaines de mètres pour arriver à la plage d'Ipanema, fréquentée par une population plus jeune que celle de Copacabana.
La balade est très sympa, les gens souriant et les fesses des filles rondes.
Nous déjeunons dans un kiosque sur le boulevard de l'Atlantique qui longe Copacabana.
Le soda local est le Guarana, tiré des saveurs du fruits amazonien du même nom, sorte de cerise.C'est très bon.
Quelques brochettes plus tard, dont les fameuses brochettes de Queijo, fromage cuit au barbecue, nous sommes fin prêts pour aller à la rencontre d'Ipanema, autre plage légendaire.
Le sable est incroyablement blanc et chaud, brûlant même, impossible de marcher dessus sans claquettes pour qui n'a pas l'habitude.
La plage est plantée de parasols jaunes en location, le soleil est si fort que j'ai dû, sous les conseils d'une brésilienne, me procurer de l'écran total indice 30 minimum afin de ne pas ressembler à un crabe après cuisson en 15 mn.
J'en pince pour le soleil mais pas au point de me transformer en viande de barbecue ambulante.
L'ambiance est très détendue.






Nous restons là jusqu'au soir, alternant bains et repos.
Nous rentrons tranquillement. L'ambiance du carnaval commence à se sentir, les gens chantent un peu, ce soir c'est le carnaval des enfants, demain commence le vrai carnaval !
Nous nous asseyons un moment pour contempler la joie de vivre des Cariocas (habitants de Rio) en haut de la plage d'Ipanema, juste avant la pointe qui ensuite donne sur Copacabana. Il fait nuit, les gens se baignent, les enfants jouent, c'est un moment très agréable, simple et délicieux.
Là, trois jeunes femmes commencent à nous parler, l'une d'elle Cristina est vraiment très curieuse, extrêmement sympathique, elle pose des tas de questions, s'intéresse à l'endroit d'où nous venons l'un et l'autre. Elles nous invitent ensuite à partager un moment avec elles et d'autres amis présents sur la plage.
Nous rions beaucoup en échangeant sur divers sujets, les voyages, les surnoms, le carnaval. C'est à ce moment que nous apprenons des incontournables à voir demain et que, nous apprenons également qu'il est de tradition de se vêtir en femme pour les hommes... Je demande si c'est dangereux... Il parait que non, mais drôle, oui, très !
Nous nous quittons un peu plus tard en nous disant "hasta mana", à demain pour de nouvelles aventures. Eso é otimo otimo otimo !!


Paris, le froid d'avant l'été

Il neige sur Paris. Le vent cingle, le verglas fait luire des trottoirs souvent trop gris.
Je marche dans la nuit, le foulard jusqu'aux yeux et la casquette vissée sur la tête. Des paillettes tombent du ciel en une fine pluie de reflets. Je marche seul, je marche vite.
Le temps semble suspendu, les autos roulent très lentement, les taxis s'arrêtent pour vider le reste de leurs bouteilles d'eau sur leurs rétroviseurs, la fenêtre ouverte, le souffle court et vaporeux. Le givre reprendra les miroirs en un rien de temps.
Les hommes ne sont plus que des ombres, perdus dans les couches de vêtements, les replis des écharpes, les maladresses dues aux gants.
Je marche pour cette dernière nuit en France, je savoure les arabesques des écritures bien parisiennes sur les devantures des cafés qui ferment justement.
Le métro n'accueille plus de passagers. La température est descendue à 4° sous zéro, la nuit est belle , inodore, fumante et blanche.
Demain, je dormirai dans une coque de métal lancée à 900 km/h au dessus de l'océan, quelles choses incroyables l'homme d'aujourd'hui peut faire !

Je suis désormais au comptoir du terminal 2A de l'aéroport Charles de Gaule. La Trans American Airlines procède à l'enregistrement des bagages et des passagers pour les 3 vols en direction du Brésil qui partent d'ici quelques heures.
Beaucoup de Brésiliens font la queue, j'entends cette langue me ravir les oreilles, avec tous les souvenirs qu'elles charrie, j'entends la voix de Stefani me dire des choses douces en secret... Elle qui ne me parlait qu'un Brésilien ponctué de rires et de sourires interminables. C'est une sensation très étrange une fois de plus, un mélange de vraie joie qui me fait réagir comme un enfant, immédiatement suivi d'un désenchantement cruel, tout cela n'est que souvenirs, cependant ils existent bel et bien.
Je pourrais comparer cela à une caresse d'amour sur la joue, sensuelle, attentionnée et accompagnée d'un regard tendre, précédent immédiatement une opération chirurgicale improvisée sur le visage avec, comme outils de précision, une fourchette, des hameçons, un peu d'essence, du sable diamanté pour essuyer la plaie, tout ceci accompagné d'un regard cynique, narquois et amusé, perçant et sadique. Le ying et le yang, à prendre ensemble !...
Je laisse passer le frisson de l'horreur pour ne garder que la magie. Ce voyage sera sans doute ponctué de ces vagues à surfer...
Les stewards et hôtesses sont très gentils, je retrouve ce trait commun à tous les Brésiliens que je connais. Ce voyage va être un vrai plaisir.

lundi 25 janvier 2010

Emirats Arabes Unis, visite de Dubaï

Emirats Arabes Unis, Dubaï, le 12 janvier 2010

Nouvelle escale aux Emirats sur le chemin qui me ramène en Europe. Escale choisie de 10 h pour avoir le temps de sortir de l'aéroport et de faire un petit tour dans la capitale des démesures, parait-il.





Pas de soucis de visa pour les français, celui-ci est accordé immédiatement et pour 30 jours. Le métro tout neuf, pas encore tout à fait fini, vient desservir l'aéroport, il est donc très très simple de se rendre au centre de Dubaï, de voir la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa ou Burj Dubaï ; 828 m de haut et 160 étages !
Le métro d'abord est d'une propreté pareille à celle de l'aéroport, à faire pâlir un suisse. C'est nikel, voir plus, on s'attend presque à devoir enlever le film de protection de chaque élément composant le décor.
Ceci est d'autant plus frappant que je suis presque seul dans la station de métro. Cela apporte à la sensation d'immaculé.
Les gens sont très affables à partir du moment où on leur sourit, ils répondent très aimablement et s'inquiètent de savoir si tout va bien pour vous.
Au premier abord, les hommes surtout, peuvent paraître hautains et froids, le costume, djelaba d'un blanc éclatant, boutons de manchettes à brillants très brillants - non, ce n'est pas du zirconium mais bien des diamants - montres en argent imposantes, et voile maintenu par un accessoire en corde noire très design, le costume donc peut impressionner.
Je crois que cette attitude neutre est finalement plus une façon de respecter que de prendre de haut, ceci se voit tout de suite au premier contact parlé.
Le prix de l'aller retour en métro est de 2,5 euros, très raisonnable.
Je monte donc dans le tube aérien qui me fait survoler Dubaï, une impression très agréable.
La vue est dégagée, quelques tours au loin, beaucoup de grues.
Je m'arrête à la tour Burj Dubaï, aiguille plantée dans une terre aride, sur une peau ridée, habillée de parure, de bijoux, ointe de mille onguents ; c'est en effet très haut.
Les voitures roulent tranquillement, gardant sage toute la puissance des moteurs de très grosses cylindrées.





Ici, il n'y a pas de taxes de l'état, tous les biens de consommation sont donc 20% moins chers que partout ailleurs. Pas de petites voitures donc, enfin sauf si un BMW X5 est considéré comme une petite voiture évidemment.
Je marche un peu, c'est sympa, calme, apaisant, je reprends le métro pour me rendre au l'Emirates Mall, complexe de shopping très important contenant Carrefour, oh fierté nationale... et le fameux "ski Dubaï", piste de ski complètement artificielle évidemment, construite en plein milieu du désert donc, improbable !
Ici, on se rend compte de ce que l'homme sait et peut faire, avec de l'imagination, des sous, et sans retenue, j'aime bien ce côté dément.
J'arrive donc dans le centre de shopping, les magasins sont encore fermés, il est 8h10, ils n'ouvrent qu'à dix heures. Je me ballade rapidement pour aller trouver un taxi qui me mènera à la marina, l'un des palmiers totalement artificiel gagné sur la mer, palmier, car la forme des terres remblayées forment un palmier, à un autre endroit, un orque, ici un calamar...
Dans des milliers d'années, quand une nouvelle espèce sera dominante sur terre, et si elle a la curiosité de se rendre dans les airs, elle pourra contempler ces dessins improbables comme nous le faisons, nous, des dessins géants laissés à Nazca et Tarapaca dans le désert péruviano-chilien.
Je marche dans les allées vides alors que le soleil monte dans le ciel au travers des vérandas.
Je suis dans un espace totalement artificiel, ou règnent les marques.
Je suis dans un des temples de la consommation, du culte du matérialisme et de son dieu argent, dans la basilique Sainte pierre d'Emeraude, je traverse une clairière souterraine au milieu de cette jungle foisonnante de devantures rutilantes et là, à ma très grande surprise que ne vois-je pas passer ? Un troupeau d'éléphants, enfin d'éléphantes marchant d'un bon pas. Des américaines vêtues de shorts, bien dodues, marchent "sportivement", levant haut les coudes et se déhanchant suivant les pistes les menant sans doute à un endroit où elles se restaureront.
C'est très drôle, on est vraiment dans une métaphore totale de la vie sauvage, dans un environnement complètement artificiel, créé de A à Z. Là, je vois la pancarte "Ski Dubaï" qui vient parfaire le tableau. C'est énorme, enfin pas très grand mais énorme dans le sens incroyable.
Ils l'ont fait, ils ont jeté les prémices d'un monde reconstitué dans une athmosphère et un lieux où il est normalement impossible de créer cela.
Les Emirats, c'est l'avant Marsianisation par l'homme, j'ai l'impression que l'on a concentré tout ce que serait notre société poussée à son paroxysme et ayant atteint une autonomie complète, recréant à sa sauce les vestiges du souvenir de la terre comme elle fût. C'est glauque et excitant, c'est une vraie expérience.
Je retrouve donc une piste de ski, un télésiège "classique", des sapins, de la neige et un café traditionnel savoyard, le Saint Moritz, avec ses tables en bois et ses cheminées. Cheminées qui crépitent encore du feu de la veille, en lieu et place du foyer, un écran indiquant "no signal" "AV1" sur un fond bleu.




Ici flamberont des bûches vidéos, très bientôt, pendant que les skieurs éreintés par leur journée de plein air (euh de pleine salle pardon), viendront boire un chocolat chaud ou un verre de vin à la cannelle avant de sortir du complexe par une température de près de 50° parfois en été.
Je pense que nos enfants vivront cela comme leur réalité de chaque jour, sans toutefois pouvoir sortir jamais de la salle... Ils passeront d'une salle de neige à une salle de pluie, puis à une autre de soleil, si la pollution continue de croître et que nous nous évertuons à détruire le monde qui nous a créé pour en créé à notre tour un à l'image de ce dont on se souviendra de l'ancien. Ceci, sans poésie, sans surprises, tout en contrôle et en planifications, un monde à l'allure vivante, mais finalement plus que mort ! Un monde de la consommation, sans contemplation, sans ce plaisir simple de juste sentir le froid entrer dans la gorge en haut d'une montagne en se disant, en ne se disant rien justement, juste en contemplant.
Ne vit-on pas déjà souvent dans cette configuration ?




Et moi, je suis venu en avion ici... Je souhaite un jour avoir le courage de prendre le temps de voyager à dos d'âne, à pieds, à cheval... Je dois trouver cette force.
Je suis vraiment très chamboulé par cette expérience, mélange de fascination et de tristesse, je ris seul, époustouflé par l'exploit et incrédule comme Taylor (Charlton Heston) découvrant le bras émergeant du sable de la statue de la liberté, à la fin de "la planète des singes" de Schaffner en 1968.
Je continue donc jusqu'à un taxi pour voir la marina, je payerai 5 euros. Le chauffeur est pakistanais, comme beaucoup de taximan apparemment, ce n'est pas son métier. Il est parti du Pakistan pour trouver une vie meilleure, il l'a trouvée, il est content. Auparavant il travaillait dans une ONG aidant les réfugiés ! L'ironie du sort.
Il y a très peu de monde dans les rues, beaucoup de taxis tournent, vides. Un autre chauffeur m'expliquera que depuis 2008, il n'y a plus personne à Dubaï, avant il fallait deux heures pour trouver un taxi, aujourd'hui ce sont les taxis qui attendent 2 heures pour trouver un client.
Les constructions continuent ceci dit, la ville est en plein boom à ce niveau, tout sort de terre ou de mer, mais pour qui construit-on cette odyssée dans le désert ?
Quel monde surprenant que le nôtre !





lundi 11 janvier 2010

Tentations matérielles

Et voilà, je rentre du night bazar à Chiang Mai, une sorte de grand marché de nuit.
J'y suis allé pour y manger des fruits de mer, bulôts, huîtres cuites et langoustines, tout ceci fort délicieux ma foi, après 5h de cours de massage.
Je souhaitais aussi trouver deux ensembles de kimono pour les massages que je ferai en rentrant. Les vêtements doivent être amples, autant qu'ils soient beaux également. Ici les prix sont vraiment plancher, puisque chaque ensemble m'a couté 9 euros. J'en ai pris deux, un pour les femmes, un pour les hommes, pas de couleurs criardes, restons sur les forces contrastes, un noir et un blanc.
Et puis, j'ai aussi acheté un couvre-lit en soie très beau, il me servira à recouvrir ma table de massage, j'ai envie de créer une ambiance simple et belle.
Sur le pan de tissu de soie vert, un éléphant, force tranquille.
J'en ai profiter pour acheter une écharpe en soie pour ma maman et quelques autres babioles qui m'ont semblé pertinentes.
Chaque fois je me disais, est-ce nécessaire ? Non, nécessaire, non, je veux dire, considérant l'aspect uniquement sous le jour de la nécessité absolue.
Est-ce que ces choses vont faire plaisir, vont améliorer un confort, une image, mettre dans une ambiance, accrocher des souvenirs ou des moments importants à un objet ? Oui.
Pour ma part, je me détache de plus en plus des objets, jusqu'à avoir boycotté Noël et ses cadeaux totalement, mais, je me rends compte que beaucoup de personnes voient dans l'objet la résonance de quelque chose, d'un sentiment, d'une émotion.
Je pense alors qu'il est bien de reconsidérer mon point de vue, un peu. Ne pas considérer les objets de la même manière pour moi-même et pour les autres.
Ainsi, je crois avoir acheté des objets dans une voie qui est encore le désir mais qui sait toutefois faire la art des choses, enfin presque tous les objets que j'ai acheté...
Oui, je me suis fait prendre au piège de mon désir. Ici la soie est belle et bon marché.
Je ne mets pas de cravate, mais j'en ai vu une très belle, en soie blanche, bouton de manchette et pince assortis, je me suis laissé guidé par mon désir.
Qu'ai-je pensé ? J'ai pensé :  je la mettrai à un mariage, peut-être au mien un jour, et ce jour là je me rappellerai ce que j'ai vécu ici, dans les temples, entre le jour où je suis arrivé, vraiment cassé par la perte de Stefi et le jour où j'en suis reparti, serein. Alors oui, je suis tombé en plein dans ce que je décrivais hier, la projection sur l'objet, et la projection dans le futur.




J'ai donc failli à ma spiritualité. Je ne m'en sens pas coupable du tout, j'en suis même heureux, chaque jour est ce challenge, qui si il est relevé, nous grandi.
Si il est pris dans l'autre sens, on perd un peu de puissance, simplement, qu'on retrouvera demain, en faisant ce qu'il faut.

Cette cravate m'a couté 4 euros, on peut se dire, ce n'est rien, pourquoi se prendre la tête pour 4 euros ? C'est justement là que tout commence en fait.
Quelque soit le prix du désir inutile, il reste inutile.
En revenant je passais dans le quartier chaud, des dizaines de filles m'interpelant, certaines professionnelles, d'autres non. J'en parlais avec un des bonzes hier. Le problème n'est pas une question de morale en fait, je veux dire de morale sociale, le problème est dans l'action de mentir.
Avoir des relations avec des femmes en mentant, c'est à dire en le faisant sans amour et en achetant la relation (directement ou indirectement (diner, etc.)) procède exactement du même processus. Peu importe que la femme soit une pro ou non, le mensonge nous fait perdre de la puissance, de l'énergie, il nous attire vers le bas, de l'intérieur, rien à voir avec le jugement des autres.
En fait ceci explique, je crois, ce sentiment de lassitude ou de vide éprouvé par bon nombre d'hommes et de femmes qui séduisent pour satisfaire un objet de désir.
moi le premier, évidemment je suis tombé et tombe dans ces travers, mais je n'en avais pas une conscience aussi claire auparavant, ce qui me faisait ne pas savoir finalement où je mettais les pieds.
Le mensonge prime et la satisfaction est un leurre. Une fois le désir attrapé, il faut passer à un autre, etc.
Chaque jour est donc une nouvelle aventure pour tenter de conserver son énergie et de la faire croître.
Il ne s'agit pas là d'affabulations, cela fonctionne réellement. La puissance ne sert pas à obtenir de nouvelles choses, de nouveaux objets du désir, on ne devient pas plus efficace ou meilleur vendeur, ou plus riche financièrement, non, on gagne en apaisement et en relativisme.

jeudi 7 janvier 2010

Majesté et calme

Chiang Mai est une ville du nord de la Thaïlande qui regorge de temples. Certains sont humbles, d'autres plus richement parés.
L'humilité est à la base du bouddhisme puisque le nirvana, but du travail de la méditation, est finalement une ataraxie, ne plus penser, ne plus se laisser mener par ses envies et désirs.





Cela parait triste sans doute à ceux qui n'ont pas de connaissance de ce que cette pratique, cette hygiène spirituelle, apporte.

N'oublions pas que l'ataraxie est présente chez Epicure et les sceptiques.
Alors comment peut-on être Epicurien et sans désirs me direz-vous ?
Et bien justement, c'est là que la magie opère, l'Epicurisme est bel et bien une jouissance de chaque instant qui mène au bonheur et non pas, comme dans le désir, l'appui sur une chose extérieure, un objet, matériel ou humain (on a souvent tendance à confondre amour et désir d'ailleurs) qui lui, le désir, vous retire votre bonheur de l'instant pour le pendre à une perche devant vous.
C'est l'histoire de la carotte et de l'âne. Suspendez une carotte devant le nez de l'âne, il avancera toujours, tiré par son désir. Il sera toujours malheureux car jamais  satisfait.
Donnez la carotte à manger à l'âne, il stoppera pour la manger, ne pensant à rien d'autre qu'à sa satisfaction de l'instant, heureux.
Oui mais alors il n'avance plus me direz-vous ! Certes mais à quoi cela sert-il à l'âne lui-même d'avancer ?





Exemple concret, ce sont les soldes en ce moment en France.
J'imagine la course à l'article le plus soldé, la frénésie de l'achat repéré dans la vitrine avant Noël, la jouissance de se dire qu'on va pouvoir posséder cet objet, l'achat lui-même, et hop, mis dans un sac, mis dans une armoire, porté trois fois et entassé avec les soldes de l'an dernier, comme couche préparatrice aux soldes d'été à venir, une sous-couche à la prochaine frustration. Ca c'est pour ceux qui ont "la chance" d'avoir de l'argent, pour les autres, quelle torture de voir les autres justement faire les soldes, de se dire qu'on "ne peut même pas faire les soldes !" ou alors "juste acheter un petit truc" pour se faire plaisir.
En fait les deux phénomènes sont exactement les même, l'un est assouvi et prépare au prochain désir, l'autre est inassouvi et attend la libération d'un achat pour passer au prochain. Il en va de même avec les écrans plats, les voitures etc.
Alors quoi, se priver de tout ? La voie du milieu est toujours la meilleure, chercher à comprendre et à reconnaître de quoi l'on a besoin et ce qui nous donne réellement une satisfaction est une très bonne solution.
Ce qui est drôle est que la nature humaine est faîte ainsi, tous les hommes ont ces pulsions, tous, même les bonzes.
Chaque jour est un exercice pour rester au milieu de la voie, trouver cet équilibre, voilà ce qui est passionnant, rien n'est découvert et gardé, rien n'est pris et sauvegardé.
Le premier principe du bouddhisme est l'impermanence en toutes choses. Rien ne reste, tout passe, tout apparaît et disparaît, tout revient et tout s'efface.
N'est-ce pas magnifique de savoir que rien ne reste ?
Tout est à apprécier maintenant, pas plus tard au travers des souvenirs qu'on se construit ou qu'on imprime.
Enfants, nous le savions, naturellement.



Tout comme le corps humain a besoin de manger, pour etre lumière, nous devons nous connecter à la lumière chaque jour, ce n'est pas une chose que l'on trouve et que l'on garde, encore une fois.
Voici les principes de la méditation, de la prière aussi, au sens premier du terme, quelque soient les religions et les manières de prier, de se connecter, pas celle qui attend des miracles d'un dieu extérieur !
Dome, mon ami bonze me confiait que beaucoup de prêtre se trompent de voie et ne sont pas du tout dans la bonne. Certains demandent l'illumination au bouddha, mais ceci devient un désir, un objet et est donc l'inverse du bouddhisme.
Tout réside dans l'action, tout est lié, la manière d'être, de se comporter, de respecter les choses, les gens, le monde.
C'est peut-être ça qui mène le sentiment d'apaisement ici et qui fait sentir ce sentiment de frénésie ou de malaise chez nous, de méfiance dirons-nous.
Ici, beaucoup de choses sont libres et soumises au libre arbitre. Les lois existent et elles sont sévèrement appliquées, mais ce sont des choses qui touchent peu à la liberté individuelle.
Ici la liberté individuelle est comprise dans la liberté de tous.
Ainsi, faire un acte malveillant pour la liberté des autres n'est pas logique.
C'est l'inverse qui se fait naturellement, l'aide, l'entre-aide, le soutien, le sourire, l'amabilité. Elle sert aux autres, elle sert soi-même, elle sert l'harmonie.

En fait le désir et l'envie ne sont là que pour nous amener à la prochaine pulsion de désir, de passion. une fois assouvi, une fois l'objet du désir atteint, on retombe dans un vide qui ne peut être vécu que de deux manières :
- Inventer un nouveau désir, qui nous mènera au prochain et le prochain au prochain...
- accepter ce vide en nous, l'apprécier et partir à la recherche de ce qu'est ce vide. C'est là que l'expérience commence vraiment, on se rend compte que le vide n'existe pas, que nous avons en nous-même des ressources et des contrées mille fois plus riches que le plus grand des désirs terrestres.





J'ai compris au temple que la perte de la femme que j'aime fait partie des choses, elle est morte maintenant, que ce soit maintenant ou plus tard, elle serait morte de toute façon, comme je mourrai.
Les choses sont, uniquement. Elles sont.
Le reste n'existe pas.

dimanche 3 janvier 2010

Temples et massages

Je sors du bureau de la pseudo TAT sans info supplémentaires finalement, sauf qu'un train part demain soir pour Chiang Mai. L'avion est cher à cette période, beaucoup plus qu'il y a quelques mois.
Je déambule et passe devant une entrée où les gens s'arrête pour faire ce geste que je vois déjà mille fois par jour, joindre les mains, fermer les yeux et incliner le haut du corps vers l'avant en signe de respect.
D'autres personnes entrent dans le sanctuaire. C'est un temple, le temple du bouddha d'or.
J'entre en observant bien les gens, leurs attitudes, les directions qu'ils prennent. Il y a en fait un temple et trois hôtels plus petits autours d'un jardin ou baignent dans des vasques des fleurs de lotus.
J'entends une musique lancinante et merveilleuse, des harmoniques humaines se lever de dedans le temple. Des femmes arrivent, me sourient, elles retirent leurs chaussures et montent les petits escaliers que je n'ai pas oser gravir seul. Je leur demande si je peux les suivre. Elles me répondent que oui, il faut simplement retirer ses chausses et les laisser à l'entrée.
Les portes dorées encadrent un bouddha d'or à l'entrée du temple.
A l'intérieur, des bonzes agenouillés chantent leurs prières orangées des saris sacerdotaux.



Je ressens quelque chose de très spécial, j'ai l'impression de rencontrer la source, tout devient futile, seuls ces chants emplissent tout et vide tout en même temps.
Et puis il y a ce chat, pris en photo et en vidéo en transe complète alors qu'il se tient sous la fenêtre des prières... impressionnant.



Je reste un bon moment là, les femmes sont déjà parties. Je continue ensuite la visite des petits hôtels de prière. Des bâtons d'encens sont présents, cinq tiges doivent être brûler et offerte au Bouddha en les plantant dans les jarres de sable. L'odeur est très agréable. On peut ensuite se rapprocher de la statue et lui offrir une composition de fleurs jaunes, des fruits, des légumes...



Je trouve une certaine joie dans les prières, même de la part des gens qui viennent là, il n'y a pas cette lourdeur présente dans les églises catholiques, cette sensation d'être un pêcheur quoiqu'on fasse, cet écrasement non plus liés aux architectures.
Ici l'environnement élève et rassure. La prière semble plus ouverte.
Cette première expérience est une véritable rencontre pour moi. Je pense que c'est sans doute lié à la découverte également.



Je sors du temple pour me diriger vers l'hôtel. Je suis très fatigué maintenant, un petit massage, une soupe et au lit.
Des salons de massages sont présents tous les dix mètres, c'est impressionnant.
Comme toujours je vais éviter ceux des rues principales, ceux où les touristes (étrangers comme Thailandais) se font masser dans la rue, exposés comme des publicités vivantes au regard des passants.
Je marche dans une petite rue sombre où il n'y a personne. N panneau indique un salon de massage, c'est là que je le sens pour moi.
Derrière des arbustes, deux personnes attendent en discutant, je passe le nez, elles m'accueillent en souriant.
Je choisis un massage des pieds et des jambes, après l'avion, cela va sans doute m'être salvateur.
Je ne m'attends à rien, limite à ce qu'on me demande de me mettre au sol sur une natte.
En fait, on me lave les pieds méticuleusement, avec grand soin et douceur. Le femme qui opère est celle qui me fera le massage.
Une fois l'opération faite, elle ouvre une porte, là se trouve le salon de massage. C'est très simple et très beau. Six matelas sont posés sur une natte surélevée, chaque lit est recouvert de draps blancs et bruns. Sur chacun est posé une fleur. On m'invite à m'allonger.
Le massage commence doucement mais fermement.
Je ne savais pas que les pieds regorgeaient de tant de sensations, c'est tout simplement incroyable.
Certains points pressés sous le pieds ont un effet immédiat sur des images visuelles ou des sensations corporelles autres, l'estomac, la poitrine...
Certaines pressions font voir des couleurs gustatives, des images animées, un peu comme les animations  d'illustration de musique sur Itunes.
Je suis complètement conquis par tout cela. La manière dont cette femme que je ne connais pas du tout s'occupe de mon corps pour lui faire du bien. Je ressens un réel don, pas simplement de la manipulation. Des énergies passent, elle ressent des choses, les énergies se parlent. Elle, est beaucoup plus détendu qu'au début, elle est plus douce et considère de plus en plus mon corps comme habité par un être.
La demie heure commandée initialement est passée, je lui demande si il est possible de me faire masser le dos maintenant.
Par dessus les vêtements, le massage est fort et j'aime cela.
Je ferai un autre massage aux huiles le lendemain, pour moi, moins agréable car moins profond.
Je suis littéralement apaisé. A la fin du massage, on me fait asseoir sur un fauteuil en cuir et on m'offre un thé, tiède, regorgeant de saveurs que je ne connais pas. C'est parfait.
L'heure de la soupe est arrivée.
Le stand d'à côté m'ira très bien, en face d'un bar. Je commande de  la pastèque broyée en guise de boisson - incroyablement bon - et une soupe au poulet et noix de coco.
Le bol chaud arrive, je plonge ma cuillère dans le liquide blanc !
Un ange passe, tout s'arrête.
Encore une fois, des lumières s'allument dans mon cerveau, c'est un vrai sapin de Noël... Les saveurs, ces saveurs sont les instruments d'un concerto donné par le plus grand des orchestre ; la cardamome, la citronnelle, le gingembre, les haricots, le choux fleur croquant, tout est délicieux. Ma dent croque dans un piment ! Des larmes montent à mon œil gauche et je ris tellement c'est agréable et fort !
Le poulet fond dans la bouche, c'est exquis.
Je regarde autour de moi le spectacle qui s'anime. Des couples s'installent sur les terrasses et commandent tous une grande bouteille de Whisky. Quand je dis des couples, ce sont souvent deux hommes ou deux femmes. Ils s'installent pour discuter et faire des rencontres, tous avec ce même rituel, ensuite, ils se tournent vers la rue en position ouverte à la rencontre. des regards, des sourires.



Il vaut mieux ne pas venir en Thailande avec son ou sa chéri(e) si la jalousie est son fort car ce serait tout simplement un calvaire insurmontable, voire du suicide.
D'abord, les gens sont très souriants et avenants pour toutes les situations, ensuite les filles des bars (pas forcément des bars à hôtesses) ont des corps très fins et très sculptés, ce qui, je l'ai vu, rend parfois, à tord, mal à l'aise certaines européennes plus en chair.
Les serveuses sont bien sûr en partie choisie pour attirer la gente masculine, n'oublions pas que nous sommes des animaux, n'en déplaise aux occidentaux perclus de freudisme qui trouveront là les pires des maux, des névroses et des maladies mentales. A bien y regarder, je crois que le respect de notre nature éviterait justement que des gens ne voyagent à l'autre bout du monde pour trouver un endroit où leur nature peut vivre simplement. Nature qui du coup devient exagérée par un certain manque initial et pousse à des comportements exagérés parfois. Ce qui est triste c'est que ce tourisme sexuel est très lié à notre fonctionnement très fermé sur les rapports humains.

Inutile donc de jeter la pierre à ceux qui le consomme seulement, c'est un ensemble qui crée la situation, ceci étant vrai aussi bien pour les hommes que pour les femmes d'un certain âge, elles, se tournant plutôt vers l'Afrique.
Bien entendu, je parle ici des relations entre adultes consentants et uniquement de cela. Tout ce qui touche à l'exploitation enfantine est absolument hors de ces propos et est pour le coup à proscrire totalement et à soigner pour les gens atteints de cette maladie déviante.
La soupe parfait de me détendre.
Je vais me coucher, serein.
J'ouvre la fenêtre de la chambre, les bruits de la rue montent, le ventilateur ventile,  la nuit est douce, bruyante mais enveloppante. Je me sens bien au milieu des hommes.

Bangkok

Le voyage en avion est agréable jusqu'à Bangkok, si ce n'est qu'il est difficile de dormir, la climatisation est assez forte, il fait frais et les places sont plus exigües que dans l'Airbus A380 qui est réellement un appareil surprenant de confort.
Je discute un peu avec ma voisine, allemande, fort sympathique derrière son look très rebelle, tatouages et piercing.
C'est une artiste, elle fait son quatrième long voyage en Thaïlande.
Nous partirons ensemble de l'aéroport de Bangkok vers le centre-ville. Premièrement, il est toujours mieux de partager le prix de la course en Taxi, de plus Natasha souhaite m'emmener dans un Guest-house de sa connaissance, bien et pas cher, ce qui me va plutôt très bien.
De grandes sculptures accueillent les voyageurs arrivés de vols internationaux au royaume de Siam. Ces sculptures présentent des guerriers très colorés faits de faïence et d'histoire.
L'aéroport est climatisé bien entendu, je porte un jean et des baskets. C'est à l'ouverture des portes du hall vers l'extérieur que je me suis pris une réelle vague de chaleur caressante.
Des gouttes coulent immédiatement le long de mes jambes en commençant par l'arrière des genoux. Mes pieds me brûlent presque instantanément dans des baskets bien fermées.
Un sapin de Noêl clignotte, il est midi ici, bientôt 24 réelles heures que je n'ai pas dormi, je commence à le sentir.




Nous nous engouffrons dans un taxi rose métallisé, les sièges sont couverts de housses en skaï beige à motifs cashmeer, en relief.
Le soleil tape sur le pare-brise arrière de l'auto. Je sens la puissance de ses rayons dans mon cou. C'est agréable.
Le trait lumineux rend les motifs des sièges plus clairs sur le dos du siège passager.
Première chose à acheter, de la crème solaire, que dis-je de la pâte solaire !
Le trafic est fluide sur l'autoroute, il n'en sera pas de même à l'arrivée dans le centre-ville, premier jour de l'an oblige. Malgré la fermeture des boutiques, il y a beaucoup de gens et de passages en ville.
Nous nous arrêtons dans le centre-ville, dans une petite rue piétonne perpendiculaire à une grande artère très bruyante.
Les tuk tuk passent à grande vitesse derrière notre dos, claxonant ce qu'ils peuvent pour se frayer un chemin dans la circulation, clignotant de mille couleurs en feux de stop ou de décoration.





Une bouteille d'eau glacée sera mon premier achat Thaï.
La langue Thaï est très chantée et agréable à mes oreilles. Seules quelques voix féminines énervées transforment cette mélodie en vacarme claquant très aigüe.
La langue se transforme alors en une suite de vocables insupportables, dans des fréquences sonores qui fleurtent avec les ultra-sons. Ces sons sont entrecoupés de cisailles phonétiques impressionnantes de contraste avec le reste.

Je trouve finalement un hôtel qui me plaît en passant devant, pas cher, bien placé.
Une fois de plus je n'ai rien réservé, je fais chaque chose au jour le jour et ça me va bien.
La chambre est vaste, le lit très très large, de quoi coucher 3 personnes aisément.
J'avais le choix d'une chambre climatisée, j'ai préféré une chambre avec un ventilateur et les bruits de la rue montant depuis la fenêtre ouverte.
Pour moi, c'est ça le voyage, ne pas s'enfermer dans son confort et surtout ne pas se couper du monde que l'on souhaite découvrir et goûter.
Il fait 32°, j'aime avoir chaud de la sorte, c'est une sensation qui m'est douce.
Ma peau est moite, chaque mouvement me fait sentir l'air envoyé par le ventilateur tournant.
Le contact de ce petit vent rafraîchit mon corps transpirant.
La nécessité de se couvrir perd complètement son sens, des tongs suffiraient pour ne pas se blesser les pieds et finalement, soyons francs, elles servent surtout, dans un hôtel, à ne pas se ramasser en sortant de la douche sur un sol lisse et mouillé.
Je sors me balader. J'adore faire un tour sans but dans la ville où j'arrive, chaque fois, c'est une sensation d'inconnu formidable.
J'aime me perdre, sentir les odeurs, les effluves de grillades, les parfums d'épices.
Tout ceci ne sent pas toujours très bon, les odeurs d'animaux, d'humains fatigués, de merde et de gaz d'échappement participent de cet effort d'identité particulière.

Je rencontre un homme en scooter qui s'arrête pour me parler, il ne me vend rien , c'est simplement pour échanger. Il est prof d'art et vient de Chiang Mai, plus au nord.
Il me dit de booker mon voyage auprès de la TAT, l'office nationale du tourisme Thai, je dois le faire dès maintenant pour ne pas être pris par le week-end et la fermeture de l'institution durant une semaine, ce sont les vacances ici.
Un tuk tuk passe, il l'arrête et lui donne des instructions pour m'emmener directement à l'office qui ferme dans une heure. Il insiste sur le fait de s'y rendre directement et négocie un prix imbattable pour la course.
Nous partons, le Tuk Tuk stoppe devant une devanture où il est inscrit T.A.T. A l'intérieur, un panneau barre le mur à l'effigie de l'Office du tourisme. J'y suis, enfin je crois y être...

On me saute dessus littéralement, pour me proposer les tours les plus intéressants.
Et puis on me demande mon budget... Ca commence à sentir une drôle d'odeur d'empapaoutage.
Normalement le TAT ne vend rien, là on vend tout, évidemment à des prix imbattables soi-disant mais somme toute plus élevés qu'en réservant les choses seul, avec moins de liberté et dans des endroits proposant des prestations plancher.

On me presse pour acheter un package, il faut faire vite, beaucoup de touristes...
Moi, évidemment plus on me presse, plus ça m'amuse de faire perdre le temps aux gens qui pensent m'abuser, j'aime voir les manières de faire, les rebondissements, les argumentations. Tant que je suis là, autant apprendre sur les ficelles de l'enroulage dans les règles.
Je pars en n'achetant rien. Beaucoup de touristes se font "avoir", même si les tarifs proposés ne sont pas ici exhorbitants, c'est plus l'idée de vendre à tout prix, en ne se souciant pas de ce que souhaite la personne visitant le pays qui est dommage.
Escroquerie, le mot est vite lâché, ceci dit, ces abus de confiance seraient vite évités si les touristes faisaient un peu plus preuve de réflexion et si eux-même s'intéressaient plus à la culture qu'aux plages de sable blanc (ce qui est très bien aussi entendons-nous bien).
Bien sûr, le fait de marquer en gros TAT pourrait être pris comme de l'escroquerie si en dessous n'était pas marqué licence N°..., ceci montre donc le N° de licence de l'entreprise de voyage, licence obtenue auprès du TAT.
Bon évidemment, c'est de la filouterie, la même filouterie présente dans les toutes les petites lignes de nos contrats d'assurance ou des packaging de produits de consommation. Pour un paquet de céréales quelconques :
Ecrit en gros : AVEC DES VRAIES FRAISES
Ecrit en petit, tout petit : contient 0,011g de fraise déshydratée pour 100g...

Les meilleurs fonctionnements restent universels !

jeudi 31 décembre 2009

Dubaï, le 1er Janvier 2010, 00h40.

Voilà une heure que l'Airbus A380 flambant neuf d'Emirates Airlines vient de toucher le sol des Emirats Arabes Unis.

J'ai passé le portique de transfert de vol à exactement 00h00. A cette heure de passage à l'an 2010, je retirai ma ceinture pour la mettre dans un bac noir, une manière d'enterrer une année pour se tourner vers une autre.
Des larmes ont coulées, doucement, quelques-unes, je pensais à l'endroit où j'aurai dû être, avec mon amour, si n'était survenu ce malheureux accident où elle a perdu la vie il y a deux mois.
Quelle chance j'ai de pouvoir passer cette fête seul, seul face à mes sentiments, seul face à moi, avec moi, seul et finalement sans me sentir seul, en me sentant simplement "à côté", sereinement.
Bien sûr, on sert un peu les dents lorsque l'on voit des couples se serrer fort, se regarder au fond des yeux avec tout l'amour qui les fait prendre soin l'un de l'autre, on sert les dents une dizaine de secondes par réaction égoïste et puis on a envie de les serrer eux, dans ses bras et de leur dire, profitez !
Dans l'avion, mes voisins étaient Argentins, de Cordoba. Leur petite fille, Illona,  était adorable du haut de ces 9 mois. Cela m'a fait du bien de pratiquer mon castillan avec cet accent chuitant que j'aime tant.
Je suis donc en voyage, mais pour une destination opposée à celle de l'Amérique du Sud, comme pour fuir un peu cette réalité insupportable, je parle de la disparition de Stefani, pas du reste.
Je crois que c'est peut-être la première fois que je fuis, un moment pour repartir mieux, j'en ai besoin, j'en suis conscient alors j'assume.
Impressionnant que ce vol 74, au départ de Paris.
Emirates a tout compris à la fidélisation clients et au business.



 

source : http://www.tropicalisland.de
 
Tout est parfait, c'est simple, du confort à l'accueil en passant par les prestations à bord, on a presque envie de rester dans l'avion. Le personnel est charmant, la nourriture, un poulet coco, digne des meilleurs restaurants.
Tout va vite, sans précipitation, les enregistrements sont très bien organisés, l'aéroport est immaculé, des prises électriques internationales sont postées un peu partout et très visibles pour permettre à qui le veut de recharger qui de son téléphone, qui de son Laptop, qui de son Ipod pour le prochain vol.
Internet est en libre accès, complètement gratuit. Voilà ce qui est extrêmement plaisant, alors, les gens s'installent tranquillement, consomment dans les différents points de vente, tous donnant sur l'agora centrale, avec possibilité de s'asseoir très confortablement.
Donnez de la liberté et du confort aux gens, ils vous le rendront en business, à coup sûr !
J'aime le voile simple, léger, symbolique des hôtesses d'Emirates Airlines, c'est un attribut vestimentaire extrêmement sensuel, soyeux, lumineux et fin.
Ce voile cache et révèle, accroche la lumière et la diffuse, capte l'attention et la trouble, ce voile est un écran de fumée, suave et parfumé aux effluves agréables et subtiles.
Je trouve l'ambiance dan l'aéroport sereine, paisible.
Le Hub de Dubaï est un véritable florilège de toutes les couleurs de peaux humaines que peut tenir la planète, toutes les langues sont parlées dans les conversations privées, l'anglais seul est privilégié, avec tous les accents possible et imaginables bien sûr,  pour les échanges autres.
Ce microcosme est très sympathique parce que dans un environnement protégé et dans un contexte particulier, pas tant le fait que ce soit le soir du nouvel an finalement, mais plutôt parce que nous sommes ici hors du temps, de nuit, en transfert ; je dis nous car bien que voyageant seul, il y a évidemment des milliers de gens dans le même cas.

Je suis parti de Paris avec un climat vraiment particulier, dans des brumes incroyables, un froid humide et pénétrant. Ici, à Dubaï il fait 18°, les nuits sont fraîches dans le désert comparées au 35° de la journée.
Bien sûr l'aéroport est climatisé, il fait bon.

Je vois clignoter des sapins de Noël.
Certaines personnes sont en tongs et short, d'autres en costumes complets européens, tandis que ceux-ci sont tout vêtus d'un blanc qui contraste élégamment  avec leur peau sombre et leurs barbes longues.
Des prêtre catholiques croisent des rabbins, des imams.
J'aime ces contrastes, ces politesses, ces respects. Fictifs ? Isolés ? Temporaires ?Réels, ici et maintenant, voilà qui est l'important.


lundi 21 décembre 2009

En route pour la citée perdue des Incas


route macchu piccu

Quelques heures de car depuis Cusco et nous changeons radicalement de décors.
Après être passé par un col de 4800m, avoir une fois de plus surplombé les nuages, nous redescendons, le désagrément de l'altitude disparaît doucement à mesure que le car chemine vers de nouveaux paysages. Plus nous avançons, plus le paysage s'enrichit d'arbres, de végétation, de ruisseau, de petites cascades. Nous traversons une palmeraie, les feuilles géantes recouvrent les vitres toutes entières. Je ne sais pas où je suis. Comme en Bolivie, le car marque des arrêts dans de petits villages, où au milieu de la route, sans aucune annonce pour nous indiquer où nous nous trouvons.

Des gens montent et descendent entre réveils nébuleux, descentes de sac de la gouttière à bagages, envie de pisser et odeurs d'humains enfermés dans une boite en fer depuis des heures. Après sept de ces heures, de vues splendides et de ciel étoilé, nous arrivons vers 20h à Santa Maria, à une centaine de kilomètres d'Agua Calientes, la ville se situant au pied du fameux Macchu Piccu. Ici, c'est le début de la jungle, et mon dieu ce que j'aime la jungle, ses odeurs, sa verdure, sa densité, son humidité, ses mystères. J'aime la vie simple qu'elle propose. Ici, tout pousse : Oranges, mandarines, cacao, bananes... Les gens sont très accueillants. Je vais passer la nuit et repartirai demain vers cinq heures, pour le Macchu Piccu. Nous sommes à 1100m au dessus du niveau de la mer, je me sens mieux qu'en altitude. Je peux reboire une bière sans crainte de mal de crâne... Au dessus de 4000m l'alcool ça tape !... Je mange une omelette pas très bonne avec des trucs dedans. 

Je commence à m'habituer à cette cuisine pas très à mon goût, je ne suis donc pas surpris. Le restaurant bar ferme, il est 21h. La vielle femme courbée retourne les chaises sur les tables tranquillement. Le jour se lève à 5h du matin ici, les horaires sont donc décalés de la même façon le soir. Je dors dans une auberge pour 8 soles, c'est à dire 2 euros à peu près. Le lit est bon, la chambre grande, tout est tranquille. Quelques odeurs de Chanchos, les cochons sauvages, arrivent à effleurer le village, c'est une odeur forte, mais ici presque agréable, puisque diffuse. Elle rappelle simplement la vie sauvage, très proche, active et énergétique. Le réveil sonne à 4h, je dois partir tôt pour joindre Agua Calientes. Depuis Santa Maria, le trajet en voiture dure environ 45 mn pour rejoindre Santa Theresa, d'où partent les véhicules pour le barrage électrique. Du barrage 2h de marche seront nécessaires pour atteindre Agua Calientes.
Il n'y a pas de routes pour y parvenir, un train seul existe, la réservation doit se faire très en avance et le prix est absolument exorbitant pour le pays. Le chemin d'accès se fait donc le long de la voie de chemin de fer, enfin le long... sur la la voie de chemin de fer plutôt ! J'entame la marche avec plaisir, les cris des perroquets dialoguent avec le grondement de la rivière dans une atmosphère incroyable de jungle. Je suis réellement dans un autre temps. Les planches de bois portent des fourmis gigantesques, les feuilles des oiseaux multicolores. Il n'y a personne d'autre sur le chemin.

J'ai le temps de penser à la chance que j'ai de pouvoir réaliser mon rêve de gamin, marcher sur les pas des Incas et rencontrer ce lieux, car il s'agit véritablement d'une rencontre. Je chemine à l'aise, heureux d'avoir un souffle si ample et sain. Soudain j'aperçois des sacs à dos laissés sur le bas côté du balaste de pierre. Etrange, il n'y a personne, les sacs sont au nombre de trois, chacun est recouvert d'un carton pour éviter qu'il ne se mouille avec la pluie. Mais qui peut bien laisser son sac ainsi ? Ce sont des sacs de gringos, j'essaye d'imaginer ce qui peut être la source de cette énigme, et finalement décide de continuer ma route. Je marche d'un bon pas et il me semble pourtant que le temps indiqué pour rejoindre la ville est déjà écoulé... en effet, j'aurais marcher 2h40 pratiquement pour faire le trajet. Ici au Pérou, les notions de temps et de distance sont fonction de celui qui parcoure le chemin. Je saurai un peu plus tard pourquoi cette évaluation est optimiste...

Agua Calientes est une ville très touristique forcément puisqu'elle ne vit que de cela. Tout est dédié au Macchu Piccu et organisé pour le rejoindre. Les choses ici sont bien faites, il est un peu hasardeux de rejoindre Agua Calientes, mais une fois qu'on y est, on trouve une organisation efficace. Un bus mène en haut de la cité perdue, il en part un toutes les dix minutes, plein de touristes bien entendu, et uniquement de touristes étrangers. Il faut savoir que l'accès au Macchu Piccu, perle de la culture Inca et Andine, est absolument hors de portée des bourses péruviennes moyennes, le tarif d'entrée est très élevé pour le pays. Ainsi, le peuple n' a pas accès à sa propre culture, l'acculturation ici est dans une marche vive, les discriminations des indigènes sont courantes, les noms de famille Quechua portent une consonance de sous-peuple et la langue est synonyme d'arriération... Elle est peu parlée dans les villes et est même assez mal vue. Contrairement à ce que les gouvernements montrent, la culture n'est pas défendue, elle est exploitée. Les aides à la culture sont une bonne manière de dealer des voix pour les élections et la défense de la culture est en fait beaucoup, un achat pur et simple de reélection. Les guides volontaires et indépendants des ruines incas (y compris le Macchu Piccu) travaillent parfois comme professeurs de Quechua ou enseignant d'autres matière durant la journée ou le soir. Quand ils ont du temps, ils tentent de vendre leur savoir aux touristes pour financer eux-même la sauvegarde de leur culture, achetant des livres, des cahiers, des crayons pour leurs élèves n'en ayant pas les moyens. Ceux qui font cela sont les personnes les plus droites, qui refusent de troquer leur liberté d'expression electorale contre un financement pervers de la culture. Ils savent que la seule façon de sauver une culture est de se la réaproprier et donc de la garder hors de corruption, chose extrêmement difficile lorsque l'on parle de nécessités premières... En haut du Macchu Piccu, un guide, qui porte un prénom français sur sa poitrine, me propose ses services me parlant en espagnol, une fois de plus on me prend pour un ressortissant d'une autre nationalité. Je saurai plus tard que les guides ont des techniques afin de capter leurs clients français. C'est simple, les français préfèreront un guide avec un prénom, souvent faux, français, cela les rassure...

dimanche 20 décembre 2009

Cusco, énergie surréelle

Incroyable place d'armes, encerclée de splendeurs.


Eglises, cathédrale, parmi les plus belles d'Amérique, veillent sur la fontaine multicolore, les jardins fleuris et les arches coloniales reposant sur les pierres taillées des Incas. Les collines alentours dialoguent de lumières avec les étoiles. Je crois que c'est un des plus beaux endroits que j'ai vu. Une seule colline reste noire, sombre, à la cime de celle-ci, un Christ blanc criant de lumière béni le berceau de l'empire Inca. Je pourrai en pleurer tellement c'est beau mais il fait meilleur sourire et dire merci, boire un bon verre de vin à la santé des Dieux, quels qu'ils soient. Eux finalement doivent réussir à s'entendre et à ne pas se détruire. Salud !

samedi 19 décembre 2009

Cusco, ville magique





Berceau de la culture Inca, ville Puma entre monts et soleil, l'emprunte espagnole est si présente qu'elle exhibe la force de croix, nécessaire à l'écrasement des derniers rois.
Il y a tant d'églises splendides pour évangéliser cette terre, que l'on y perdrait presque une foi simple, respectueuse et sincère.



C'est bien au nom de Dieu que Pizarro a fait tomber les plumes, masqué le soleil, décapité l'ultime roi de l'astre divin, des Incas. La plainte du peuple illuminé perça le ciel de souffrance vive, à en rendre sourd les vivants, à en faire tomber les ailes des anges.
Converti pour ne pas se consumer en flammes, converti pour respecter son corps, ses croyances, Atawallpa saigna le sang de ses ancêtres, de la terre sacrée, du ciel, des lumières et du peuple. Les herbes, le vent, la pluie, le temps recouvrirent en une seconde des centaines d'années de puissance, de culture et de résistance.



Par la volonté du démon, du blanc percé d'yeux ronds couleur des eaux, tout disparu en un instant, le lion remplaça le puma, le condor posa à jamais ses ailes de géant sur une terre désormais d'occident. La porte du soleil fût fermée et on jeta la clef du haut d'une montagne sacrée, aujourd'hui mont pelé d'Absalyde.



lundi 14 décembre 2009

Ciel Nantais

Ciel d'ardoise sur ville de craie,
tu retiens sous ton couvercle de silence,
les élans de départ d'un peuple extenseur de France,
Nantes, ville d'ailleurs, accrochée à l'hexagone,
c'est avec les lueurs des tropiques, les parfums d'Afrique et d'Orient,
que dans ta mémoire tu danses, chaque nuit, sous un râle percé de l'ozone.
Grise est ta robe, gris ton sourire, grise ta pluie car tu ignores,
qu'en ton ventre bat la splendeur des mondes et l'espoir, toujours, des encore.


 

samedi 12 décembre 2009

Parfois

Parfois, on se sent juste simplement vivant.
Parfois on se sent juste simplement heureux.
Parfois, on se sent juste simplement libre.



Et bien, ce parfois, si rare qu'il en devient précieux, n'est pas une fatalité.
Et non , ce n'est pas sa rareté qui le rend précieux, ce parfois est une ébauche, ce parfois est un croquis, qui tient en lui l'essence de la vie.
Oui ce parfois porte une énergie primaire, simple et évidente, comme un rond parfait dessiné à main levé par Le Corbusier sur un tableau d'écolier, en geste juste, avec une simple craie.
Mais ce parfois est l'aube, la toute petite première lueur de ce que l'on peut observer, ébahi, si l'on s'assoie sereinement sur le bord de l'infini, les pieds dans le vide de ce que sera demain.
Qu'elle est riche cette vie ! Ne rien savoir, ne rien prévoir, est comme une invitation à tous les possibles. Devenir un simple papier argentique, sensible à la lumière des choses, des rencontres et du temps, nous révèle des images, des contes et des surprises, que seule la chambre noire et mystérieuse de l'inconnu peut porter.
Passer une journée à flâner, à écouter les hommes changer le monde, à vivre la pluie, à pleurer des oignons ou à humer des odeurs de grillade, à sentir sur son visage le pâle rayon d'un soleil d'hiver.
Passer une journée à goûter des mets inconnus, des tendresses imprévues, des chaleurs amicales.
Passer une journée à se frotter les yeux de ne pas être coupable, de n'être ici pour rien, pour personne.
Passer une journée à savourer chaque seconde comme le meilleur souvenir de votre vie d'enfant, comme le met le plus fin, la madeleine de Marcel, ou les crêpes du dimanche avec sur le beurre, un peu de fleur de sel.
Chaque jour, je me réveille souriant, heureux et sans questions.
Je ne me demande plus ce qui me rendra heureux.
"Rendre heureux", cela veut-il dire récupérer une naïveté d'enfant, avant l'élevage social, cette capacité d'émerveillement. Cela veut-il dire encore que cela émane de nous ? Cela signifie-t-il tout simplement, que la seule chose qui puisse "rendre le bonheur" est celui qui a envie de le créer ?
Peut-être un peu de tout cela.
Aujourd'hui on m'a posé une question sur mon état de bien-être.
"Tu as rencontré quelqu'un ?"
Je dirai oui, enfin, le seul être avec qui je suis sûr de passer toute ma vie, sans aucun doute, aucun : la vie qui m'anime.
Ainsi, je ne suis plus, tout en étant vraiment. Les choses résolues se remettent en chanson, non plus comme des nuisances mais comme des instruments qui teintent de leurs couleurs le chatoiement du vent.
Même ces mots virevoltent, prennent des places imprévues, se structurent à l'envie. Parfois cela évoque, parfois cela provoque, certaines personnes y voient des portes, ouvertes et accueillantes. D'autres trouvent cela ridicule, idiot, mais peu importe. Le soleil crée de l'ombre, chaque force a son contraire. La pluie commence par boucher le ciel pour ensuite goutte à goutte, créer une surface vive qui le fera bientôt exister en reflet, en double et donc deux fois renaître.

mercredi 2 septembre 2009

Observation de perroquets, pêche au pirañas et nage dans la rivière Beni, en Amazonie.

Nous nous levons tôt afin de rejoindre en barque un point stratégique d'observation d'oiseaux.
Il s'agit d'une falaise abrupte en plein cœur de la forêt. Les perroquets et autres oiseaux multicolores sont ici dans leur habitat naturel, ils nichent dans la falaise et sont actifs tôt le matin.



Les cris sont puissants et d'un autre monde. Pour en avoir une idée, louez "1492" de Ridley Scott, 54ème et 55ème minutes du film, voilà, on y est, c'est comme ça ! Des couples de perroquets magnifiques de rouge et de bleu à longues queues passent au-dessus de nos têtes entre les branches vertes des arbres. La forme des oiseaux se découpe parfaitement dans le bleu du ciel, c'est tout simplement splendide.


Perroquets et oiseaux multicolores




















Nous restons là quelques temps, peut-être une heure, peut-être deux, avant de repartir sur la rivière Beni, toute proche. Nous allons remonter un peu le cours de la rivière en barque à moteur afin de la redescendre en canot pneumatique gonflable, il y a des petits rapides rigolos, et nous pourrons nous baigner dans ces eaux couleur de terre.
Nous accostons sur un terre-plein afin de gonfler le canot, chacun y va de son coup de mollet vigoureux. Pendant ce temps, Ovidio lance nonchalamment une ligne terminée d'un gros hameçon au milieu du rio en entonnant une sorte de formule magique. Pas évident le lancer de ligne de fond, c'est toute une technique de faire tourner la ligne au-dessus de sa tête tout en la laissant s'agrandir pour qu'elle prenne de la vitesse, ceci afin qu'elle plonge le plus possible au milieu de la rivière, là où il y a le plus de fond et où les poissons sont plus nombreux.
Trois minutes chrono, la petite pierre qui est posée au-dessus de la ligne d'Ovidio tombe, le fil de pêche s'enfonce dans l'eau, Ovidio saute sur la ligne, ferre, et donne le fil à Johannes afin qu'il remonte, remonte, remonte, c'est de plus en plus dur, la fin est ardue, il remonte un Piraña de 2,5 kg facile! Il gigote dans tous les sens avec une force incroyable. C'est un Piraña géant, celui-ci ne croque pas les hommes, même s'il reste carnivore.


Pêche aux Pirañas




















Nous continuons à gonfler le canot, deux minutes plus tard, le pilote de la barque remonte un poisson énorme, il doit bien faire dans les 4,5 kg, c'est un poisson chat! Ces petites bébêtes nous serviront de dîner ce soir, cuits dans des feuilles de palmiers ou fris en croquettes! Délicieux.
J'aurai la chance de pêcher moi-même un Piraña géant le lendemain. C'est génial, je n'ai jamais pêché un poisson aussi gros. Je goûte à cette simplicité de vie qui me plaît énormément, se lever, profiter du soleil (attention, très fort ceci-dit), aller observer la flore et la faune, pêcher, manger le poisson avec lequel vous avez combattu (ils sont costauds ces cons là). Une sensation de paradis perdu, dans une ambiance sonore fabuleuse. Nous descendons la rivière sur le canot, nous baignons dans une eau chaude et douce. Ovidio nous dit de ne pas nous inquiéter les alligators dorment à cette heure là...
Une blague ? Non non, pas du tout...



Nous les avons vu hier lors de la promenade nocturne sur la plage. Nous ne voyions que le rouge de leurs yeux reflétant la lumière de nos lampe-torches. Nous avons cherché à voir un Tapir également, animal de nuit pesant jusqu'à 300 kg, mais en vain. Les cris des singes jaunes nous auront consolés. Ovidio me propose de passer la nuit dans la jungle seul. Il a vu que j'essayais d'enregistrer des sons de faune et que j'avais du mal à trouver du silence avec mes amis touristes. Il me propose donc de l'accompagner pour dormir au milieu des animaux, il pourra alors également me parler des histoires et légendes de la forêt. Génial, tout ce que j'aime. Suite à un impératif pour Ovidio, je pars finalement en jungle avec un jeune guide de 18 ans, natif également d'une communauté indigène. Nous emmenons deux bières pour trinquer une fois sur le site et honorer la Pachamama, la déesse terre, cela me rappelle les rites de respect aux ancêtres malgaches. Bien entendu nous prenons avec nous des moustiquaires, nous allons dormir à même le sol, avec des centaines d'animaux et d'insectes autour de nous, ils nous faut nous protéger un peu quand même. Je revêts mon scaphandre de combat, mes vêtements imprégnés de répulsif, et je me oins d'anti-moustique, des pieds à la tête.
Nous marchons pour nous arrêter dans un endroit un peu moins touffu que les autres. Nous disposons les fins matelas de mousse sur les feuilles de palmier, coupons quelques troncs de jeunes pousses afin de réaliser les supports à moustiquaires.



Voilà, tout est prêt, la nuit tombe vite, les bruits de la forêt changent et prennent une autre ampleur avec l'obscurité. Nous cheminons dans le noir, les étoiles sont d'un brillant diamantaire. Nous marchons doucement, écoutant les sons, les cris des oiseaux, des singes et autres animaux peuplant l'Amazonie. Après quelques heures, voici venu le moment de se coucher. La vérification minutieuse de la moustiquaire faite, je rentre mon pantalon dans mes chaussettes, garde près de moi mon précieux enregistreur numérique Zoom afin de pouvoir graver les sons de la nuit et essaie de fermer les yeux.



C'est un moment assez délicieux, j'adore être au milieu de tout cela, me sentir faire partie de ce tout. Je ne peux cependant m'empêcher de penser un instant à l'histoire que nous conta hier soir Ovidio. L'un de ses amis, danois, résolu à partir à la rencontre d'un peuple nomade de la jungle, n'est jamais revenu. Sans doute a-t-il été victime d'une morsure de serpent ou d'un accident quelconque, ou bien peut-être a-t-il réellement trouvé ce peuple nomade qui s'avère être cannibale.
Après quelques prises de sons, je m'endors paisiblement entre grattements, craquements et cris de singes au lointain. Je me réveille avec les lueurs de l'aube.

Les sons sont encore différents, je saute sur mon zoom, afin de ne pas en perdre une miette. Le petit appareil amplifie de manière surprenante tous les sons grâce à quatre micros. J'enfile mes écouteurs et profite... J'entends un son sourd, comme un vent, je retire mes écouteurs, rien ! Je recommence, le vent souffle, je l'entends dans mon appareil qui l'enregistre. Je retire à nouveau mes écouteurs, rien, pas de vent, pas un souffle, aucune feuille ne bouge, aucun son de souffle ne parvient de plus loin, étrange.
Ovidio m'expliquera le lendemain qu'il y a un "Duende" dans la forêt, un esprit. Il peut prendre la forme d'un humain pour entraîner ses victimes à se perdre, il peut aussi se muer en vent, en souffle intriguant, forçant les âmes à le chercher, fuyant toujours plus en profondeur dans la forêt. Ce mythe ressemble aux sirènes d'Ulysse bien entendu et à bien d'autres légendes assez similaires. Et bien si j'ai bien été en présence d'un Duende, je l'ai enregistré.

Le jour se lève complètement finissant de me réveiller. Je constate en me levant que ma moustiquaire s'est transformée en crêpe dentelle. Les fourmis ont littéralement dévoré mon voile anti-piqûres. Je lève mon pantalon, j'ai en effet servi de met de choix aux araignées et autres bestioles, mes jambes portent 67 piqures de toutes tailles. La cuisine française est décidément appréciée de tous ! Au début, les démangeaisons sont légères mais iront en augmentant jusqu'à devenir insupportables pendant 4 jours. Elles m'occasionneront un petit affaiblissement, sans fièvre, mais avec prise d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires.
La forêt se remplit des mouvements des animaux diurnes, un nouveau cycle commence...


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Formateur et conseil en communication sur mesure. En savoir plus sur mon profil pro Facebook : Stéphane lemaire Leonard Interventions en entreprises et en écoles de commerce : Médias, communication, marketing et rédaction publicitaire, management, accompagnement à l'équilibre des systèmes, communication interpersonnelle et culture générale. Co-fondateur, associé et dirigeant du "Cabinet de curiosité" (Groupe de communication) jusqu'à fin 2008. Féru d'art (Master de l'école des Beaux Arts) et d'histoire (études d'agrégation) ; Passionné d'arts martiaux "d'accompagnement" (Aïkido, Capoeira). Un très fort intérêt pour les croyances et cultes ainsi que les sciences. Diplômé de l'école de massage Thaïlandais de Chiang Maï. Pratique de l'hypnose et auto-hypnose comme outils de reprogrammation mentale. Auteur, je suis également chroniqueur culturel pour "mon œil" de TéléNantes et rédacteur sur suite101.fr Je me consacre également à la conception de programmes culturels trans-médias. Interventions en français, anglais, espagnol, portugais (du Brésil).